Mutazilisme

Association pour la renaissance de l'islam mutazilite (ARIM)

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Compte-rendu du cercle de discussion du 18 janvier 2020 1/2

Samedi 18 janvier dernier, se tenait le premier cercle de discussion abordant la nouvelle thématique de cette année, à savoir « être mutazilite aujourd’hui ». Pour cette première, il a été question de savoir si le mutazilisme pouvait mieux aider les musulmans qui y adhèrent, à vivre en Occident.

Mutazilisme et Occident selon le sheikh al-Haydari

Cette question a émergé suite à une sorte de conférence de rédaction en ligne tenue entre les membres de l’ARIM. Celle-ci m’a tout particulièrement retenue mon attention car elle faisait écho à des propos tenus par un religieux shi’ite imamite irakien, le sheikh Kamal al-Haydari, marja’ (référent religieux et guide). Dans une vidéo extraite d’un de ses cours filmés, le sheikh al-Haydari a estimé que l’Occident vivait conformément à la pensée ou à la philosophie mutazilite (voir ici). En effet, il a estimé que les occidentaux s’estimaient responsables de leurs actes et de leur devenir. Certes, aux yeux du religieux irakien, les occidentaux continuent d’aller à l’église le dimanche matin et rendent donc grâce à Dieu. Mais, pour lui, ils partent du principe qu’ils maîtrisent complètement leur destin. Pour sheikh al-Haydari, cette manière de concevoir les choses et de vivre, est conforme à la vision mutazilite.

Les causes secondes (tawalud)

Ainsi, il précise que certains « auteurs mutazilites » (sans préciser de nom), ont expliqué que, si jamais nous devions imaginé que Dieu ne soit plus là, que Dieu est mort (comme le dira Nietzsche), cela changerait-il quoique ce soit au fonctionnement du monde ? La réponse est non. Car pour les mutazilites, Dieu a créé le monde avec ces règles, comme il a créé les humains dotés de certaines spécificités et règles, ce que le sheikh dénomme tafwidh (que l’on peut traduire par débordement, mais que nous mutazila préférons désigner sous le vocable de tawalud, ou « causes secondes »). Le tout fonctionne de manière autonome. C’est pourquoi, sheikh Kamal al-Haydari explique la position des mutazilites en prenant un exemple architectural. Ainsi, une fois un bâtiment mis sur plan par un architecte, et une fois celui-ci mis sur pieds par des maçons, le bâtiment a-t-il encore besoin de l’architecte et des maçons pour exister ? Evidemment, la réponse est négative. Dans le même ordre d’idées, sheikh Kamal al-Haydari compare les discours dans les avions entre Occident et monde musulman. En Occident, le commandant de bord annonce l’heure d’arrivée prévue, et combien de temps durera le vol. Dans le monde musulman,  chaque annonce est ponctuée par l’expression « inchallah » (si Dieu veut). Façon de dire que là où les occidentaux s’en remettent à eux-mêmes, les orientaux, in fine, s’en remettent à Dieu. Plus profondément encore, le religieux irakien précise que c’est grâce à cette philosophie que les occidentaux ont pu obtenir une amélioration de leur condition (droits sociaux, politique, économique, cultuel…) et donc, faire progresser la condition humaine.

Ainsi, le sheikh shiite, en recourant à un raisonnement analogique, montre comment l’application de la philosophie mutazilite en Occident a permis de faire évoluer la situation humaine en Occident. Evidemment, l’Occident ne pratique pas la philosophie mutazilite sciemment. Mais à partir du moment où libre-arbitre et principe de raison suffisante (nihil est sine ratione, rien n’est sans raison) sont reconnus, alors mêmes causes, mêmes effets. En fin de vidéo, le sheikh dit bien que cette manière de voir n’est pas celle du shiisme duodécimain, de même qu’il rejette l’abandon à la volonté divine et la prédestination (jabr).

La suite bientôt… 

 

Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? d’Ismaël Saidi et Michaël Privot

D’aucun pourrait penser qu’avec Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? d’Ismaël Saidi et Michaël Privot, une énième biographie sur Mahomet, le prophète de l’islam, viendrait d’être publiée (aux éditions Flammarion). Or il n’en n’est rien, car ce livre, outre l’érudition qu’on y trouve en termes d’informations sur la vie de l’initiateur de cette religion, n’hésite pas à aborder tous les aspects de ce personnage que les musulmans ont appris à (trop) idéaliser, alors que lui-même, ainsi que la révélation coranique, n’ont cessé de rappeler sa condition d’homme parmi les hommes. Ce livre entretien, présente sous une forme ludique, celui d’un échange entre un artiste musulman (Ismaël Saidi) et un islamologue lui aussi musulman (Michaël Privot), les aspérités d’une figure de l’histoire universelle qui n’a jamais cessé de rappeler qu’il n’était pas parfait. Ce livre aide à apporter un éclairage salutaire sur la question.

Une sīra “Confessante-Critique“

C’est l’histoire de deux amis, l’un artiste, né et grandit dans une famille musulmane ; l’autre, universitaire, né dans une famille non-musulmane, mais s’étant converti à cette religion et l’ayant étudié sous toutes ses coutures. Deux amis ayant pour point commun leur confession et leur nationalité, Belge. Dans une série d’entretiens qui ont lieu en différents endroits et en différentes occasions, l’artiste interroge l’islamologue sur la vie du Prophète (sīra, en arabe). Son origine, sa naissance, sa vie d’avant l’islam, et celle d’après. Les grands traits de la vie de Mahomet y sont examinés. Certaines idées reçues, bonnes ou mauvaises, y sont questionnées : le Prophète était-il analphabète (ummyy) ? Avant la révélation, était-il réellement un ḥanīf (monothéiste ni juif ni chrétien) ? Et puis si ḥanīf voulait dire ébionite à savoir, justement être un croyant judéo-chrétien ? La question du rapport aux femmes, aux juifs, les épisodes de guerres, de paix, relation avec les autres…toutes les questions ou presque y sont traitées.

Ce livre nous apprend la sīra du Prophète, mais il le fait en se maintenant sur une ligne de crête compliquée. Ainsi, il allie une démarche historico-anthropologique, et approche confessante à la fois. Autrement dit, c’est un livre qui est loin de l’apologétique glorifiante du Prophète dans les livres de type “confessants“, donc d’ouvrages écrits par des croyants. On est beaucoup plus près de l’approche historico-anthropologique, qui prend en compte les données historiques, mais aussi les mœurs et les usages des arabes de la région à l’époque (et dont certains us et coutumes se sont maintenus jusqu’à tout récemment), tout en assumant une parole de croyants. En somme, ce livre est à ranger dans une catégorie particulière de livres, que l’on pourrait dénommer, confessante-critique. Une approche de type « double C » ou C2. Or cette catégorie d’ouvrages est plutôt sélective et commence à peine à se développer. On pourrait y mettre les livres de Mohamed Bajrafil, Mahmud Hussein, Omero Marongiu-Perria, Tareq Oubrou et quelques autres.

Une biographie en contre-discours

Très actif dans le contre-discours, et la sensibilisation sur le fait islamique envers les jeunes musulmans, Ismaël Saidi pose des questions simples, reprend des interrogations de ses amis et des « on dit » sur le Prophète. Des questions que non seulement les jeunes, mais aussi des moins jeunes musulmans, et des non-musulmans  se posent. Ismaël Saidi a écrit et joue une pièce à succès Djihad, à l’adresse des jeunes musulmans pour les sensibiliser au problème de la radicalisation violente (à laquelle il faut rajouter les pièces Géhenne et Les aventures d’un musulman d’ici). En outre, en collaboration avec un autre islamologue de renom, Rachid Benzine, il a écrit toujours à l’adresse des jeunes, Finalement, y a quoi dans le Coran ?. Les questions reprennent souvent des thèmes qui sont souvent mobilisés à des fins pas toujours honnêtes. Les auteurs en sont conscients, c’est pourquoi ils prennent en charge ces questions (rapport à la violence, aux femmes, l’âge de Aïcha lors de son mariage avec la Prophète –où l’on voit qu’à son mariage, elle aurait eu entre 18 et 21 ans-, rapport avec les Juifs de Médine et la question sous-jacente de l’antisémitisme en islam basé sur le comportement supposé du Prophète suite à l’expulsion voire à l’exécution –réelle ?- de tribus juives de l’oasis). Au lieu de taire ces questions comme beaucoup de musulmans le font sous prétexte que le Prophète était parfait ; Ismaël Saidi et Michaël Privot « prennent le taureau par les cornes », et font face à ces questions parfois difficiles. Mais en replaçant la prophétie dans son contexte, ils n’ont aucun problème, grâce à leur approche complémentaire du croyant naïf (à ne pas confondre avec stupide), et du docte bienveillant (à ne pas confondre avec condescendant).

Très informatif, critique par son approche historico-anthropologique, le livre Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? est aussi un ouvrage écrit par des croyants. Ismaël Saidi et Michaël Privot assument leur spiritualité musulmane, ils finissent même par se poser la question, « Et Dieu dans tout ça ? ». Evidemment, nous n’allons pas révélé davantage, mais ce livre réussit la prouesse ô combien compliquée à miracle de rendre compte de la vie d’un homme qui va bouleversé le monde, en le reconnaissant comme porteur d’un message divin, tout en étant ce qu’il n’a cessé de prétendre être, c’est-à-dire un homme parmi les hommes de son temps, avec ses forces et ses faiblesses.

Livre à lire absolument pour se débarrasser de la pensée magique omniprésente dans les ouvrages musulmans et qui, sous prétexte de respect et d’amour, mentent aux croyants et les maintiennent en dehors de réflexions qui peuvent être profondes, condition de possibilité à toute vie spirituelle digne de ce nom.

 

Mais au fait, qui était vraiment Mahomet

 

Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? d’Ismaël Saidi et Michaël Privot Flammarion, 2018, 18€, 337 p.,

 

Interview « أصوات مغاربية Maghreb Voices »

لمحاربة التشدد.. مغاربيون يؤسسون جمعية "المعتزلة الجدد" في باريس

لمحاربة التشدد.. مغاربيون يؤسسون جمعية "المعتزلة الجدد" في باريس

Publiée par ‎أصوات مغاربية Maghreb Voices‎ sur jeudi 10 mai 2018

Entretien de Faker Korchane avec Ahmed Saad Zayed (en arabe)

LIVE HIHI « Vers un renouveau mutazilite ? » (HIHI TV, Bruxelles, 23 décembre 2017)

Retrouvez sur le lien suivant l’ARIM qui a pu participer au LIVE HIHI à Bruxelles le 23 décembre 2017. Nous avons eu la chance d’être interviewés et de représenter notre association autour du thème suivant : « Vers un renouveau mutazilite ? ».

Merci à toute l’équipe de HIHI TV pour cette opportunité !

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Vidéos du colloque « Les réformistes musulmans et leur rayonnement dans l’espace francophone »

Retrouvez sur le lien suivant les vidéos du colloque sur « Les réformistes musulmans et leur rayonnement dans l’espace francophone », organisé à l’EHESS les 29 et 30 septembre 2017 par Steven Duarte, Omero Marongiu-Perria et Djuhra Benchir.

C’est au cours de ce colloque que l’ARIM avait pu être représentée par notre porte-parole, Imaad Hallay.

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Compte-rendu du colloque « Les réformistes musulmans et leur rayonnement dans l’espace francophone »

Assister à un colloque d’une envergure internationale et qui porte ambition monumentale est le vœu de n’importe quel musulman éclairé. Rassembler un tel panel de spécialistes est déjà un exploit en soi.

C’est ce que Steven Duarte (direction scientifique, maître de conférences arabe / islamologie à l’Université Paris 13), Omero Marongiu-Perria (chercheur associé à l’Institut pour le pluralisme religieux et l’athéisme – Université de Nantes) et Djuhra Benchir (aumônier militaire du culte musulman (ministère des Armées – Paris École Militaire) ont réussi à faire les 29 et 30 septembre dernier à l’EHESS (cf. ce lien pour plus d’informations).

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Un nouveau souffle pour le réformisme islamique : Alliance of Inclusive Muslims

Alliance of Inclusive Muslims (AIM), ou l’Alliance des musulmans inclusifs – une nouvelle organisation non gouvernementale (ONG) avec statuts déposés à l’ONU vient de voir le jour. L’ARIM en est l’un des membres fondateurs.

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Le deuxième colloque de l’AFPI : compte-rendu

L’Académie française de la pensée islamique (AFPI), a tenu, samedi 23 septembre dernier son deuxième colloque annuel des musulmans francophones. Le thème de cette année était celui « Islam(s) de France : un culte, des cultures, une société ».

Tout au long de la journée, trois tables rondes se sont succédé au cours desquelles plusieurs aspects de l’islam de France ont été mis en avant. D’abord l’aspect institutionnel, le Conseil français du culte musulman (CFCM), la Fondation de l’islam de France, et autre Instance de dialogue (un peu moins pour la dernière), ont été évoquées. Ensuite, la question de « l’exercice du pluralisme par « e » musulman », table ronde très intéressante au cours de laquelle la question de l’intracommunautaire et du féminisme, vrais centres d’intérêts, ont été pris en charge par les intervenants, mais faute de temps, n’ont pu aller bien loin. Enfin, la dernière table ronde a eu lieu l’après-midi, après un appréciable déjeuner libanais, autour de la question de la « contribution des musulmans à leur société ».

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Malek Chebel, L’Islam, de chair et de sang

Malek Chebel, L’Islam, de chair et de sang. Sur l’amour, le sexe et la viande, Paris, Librio, 2012

Ma grande question après ma conversion a été de savoir comment allier ma foi et ma vie en mutation : que changer, qu’adapter, que poursuivre. Je ne voulais pour cela pas me fondre dans une conformité imposée mais bien m’appuyer sur des lectures judicieusement choisies et m’amenant à réfléchir et à construire mes propres réponses. Cet ouvrage de Malek Chebel a été pour moi l’un de ces vecteurs de construction de réponses.

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