Cette rubrique consiste à rédiger une petite réflexion fondée sur le verset du jour que me propose mon application de salât. Chaque jour un verset différent. Aujourd’hui, le verset provient de la sourate Les Appartements (al Hujurât).


إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ إِخْوَةٌ فَأَصْلِحُوا بَيْنَ أَخَوَيْكُمْ وَاتَّقُوا اللَّهَ لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ
الحچرات، آية ١٠
Les croyants ne sont que des frères. Donc, réconciliez vos frères. Prémunissez-vous envers Dieu dans l’espoir d’entrer vous-mêmes en Sa miséricorde.
Coran, sourate 49, Les appartements, verset 10 (trad. Le Coran essai de traduction, de Jacques Berque)
Ce verset de la sourate Les appartements est sans doute l’un des versets les plus connus, et les plus utilisés, dès que couve un conflit entre musulmans, et pour cause. Comme je le fais souvent, je vais faire référence au verset qui le précède :
وَإِن طَائِفَتَانِ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ اقْتَتَلُوا فَأَصْلِحُوا بَيْنَهُمَا فَإِن بَغَتْ إِحْدَاهُمَا عَلَى الْأُخْرَى فَقَاتِلُوا الَّتِي تَبْغِي حَتَّى تَفِيءَ إِلَى أَمْرِ اللَّهِ فَإِن فَاءَتْ فَأَصْلِحُوا بَيْنَهُمَا بِالْعَدْلِ وَأَقْسِطُوا إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ
الحجرات آىة ٩
Si deux partis d’entre les croyants se combattent, eh bien ! réconciliez-les. Si l’un d’eux avait commis un passe-droit au détriment de l’autre, combattez le coupable jusqu’à ce qu’il fasse retour au commandement de Dieu. Alors, s’il fait retour, eh bien ! réconciliez les uns et les autres dans la justice : soyez équitables, Dieu aime ceux qui opèrent dans l’équité
Coran, sourate 49 les appartements, verset 9 (trad. Le Coran essai de traduction, de Jacques Berque)
La lecture vectorielle
En réalité, c’est toute cette séquence constituée des deux versets qui doit être méditée ici. L’application pour la salât de mon téléphone, mais aussi et sans doute des vôtres, nous envoie « le verset du jour »; ce qui n’est pas une chose mauvaise. Toutefois, bien souvent, en faisant cela, ces applications ont tendance à fractionner le texte coranique alors qu’il faudrait enfin être capable de le lire de façon plus « rattachée ». En ce sens, qu’il serait bon pour nous, musulmans (j’entends ici ceux et celles qui se reconnaissent comme tels et croient en Dieu, en la véracité du message muhammadien et du Coran et qui agissent en conséquence), de revenir au texte de façon plus rigoureuse, c’est-à-dire, en replaçant ce que nous lisons, ne serait-ce qu’au niveau littéraire, aux séquences qui précèdent et qui suivent, et plus largement, d’être capables d’aller lire tous les versets qui concernent la thématique qui nous intéresse afin d’avoir une compréhension dynamique, globale, du sens vers lequel le texte nous guide. L’historien et penseur tunisien, le regretté Mohamed Talbi (1921-2017) a qualifié cette façon de faire de « lecture vectorielle ». Il s’agit de ne pas se focaliser sur un verset spécifique, ou un bout de verset, comme c’est encore bien trop souvent le cas, pour privilégier une lecture plus globale de tous les verset attenants à ce même sujet. Seule façon d’avoir un aperçu honnête du sens du message coranique.
Prendre le verset 10 tout seul, comme me l’a proposé l’application, est un dommage si nous n’avons pas la curiosité de jeter un coup d’oeil sur ce qui précède et sur ce qui suit. Mais alors, pourrait-on m’objecter, « charité bien ordonnée commence par soi-même ». J’ai bien parlé du verset qui précède le 10, donc le neuvième verset, mis en exergue plus haut, mais quid du 11e ?
Une sourate testimoniale
En réalité le onzième verset entame une nouvelle séquence, bien que liée à la précédente, n’en demeure pas loin une nouvelle injonction morale faite aux croyants. Comme je l’avais déjà écris dans mon deuxième billet concernant cette sourate (mais un autre verset évidemment), « il faut rappeler que cette sourate, al-Hujurât, les appartements, comme la traduit Jacques Berque, est une sourate tardive, probablement révélée après la prise de La Mecque en 630, vers la toute fin de la mission du prophète Muhammad (sawas). Ce qui est frappant dans cette sourate, c’est son aspect général que l’on pourrait qualifier de testimonial. En effet, cette sourate insiste sur des conseils et prescriptions de bienséance morale. A cinq reprises, elle commence par « Ya ayyouha-l-ladhîna âmanou », « Ô vous qui croyez », ce sont des interpellations directes en direction des croyants pour leur dire ce qu’il faut faire. » Les deux versets que je mets en avant dans ce billet, constituent l’une des cinq interpellations faites aux croyants. Le onzième verset entame la cinquième.
Donc, restons concentrer sur les versets 9-10 de la sourate 49. Sourate tardive, al-Hujurât, livre tient son aspect testimonial du fait qu’elle livre une série de conseils à appliquer, puisque la mission du prophète Muhammad (sawas) se rapprochait de son terme. Des conseils éthiques, comme (dans le désordre et de façon non-exhaustive), le fait de ne pas parler fort en la présence du prophète (sawas), d’où l’on déduit que parler fort est un signe de manque de savoir vivre; ou encore, le fait de ne pas s’espionner, de se moquer les uns des autres, ou encore de médire des uns des autres. Le Coran rapproche même cette situation, le commérage, du fait de « manger de la chair de son frère mort » (verset 12). Et bien entendu, cette sourate, dans une des séquences adressées aux croyants, il est rappelé cet acte basique, qui est de toujours favoriser la conciliation et la réparation (« Fa-aslihou », le substantif étant solh), mais que l’exigence de vérité et de justice, pourrait nous amener à agir, armes à la main s’il le faut, toujours dans le but d’ordonner le convenable et d’interdire le blâmable. Car en l’occurence, quand bien même deux groupes de croyants s’opposeraient, il doit y avoir une solution pacifique, mais s’il n’y en a pas, alors il faut se mettre du côté des justes, non pour exterminer les autres, mais pour les ramener au solh, à l’amendement des esprits. Autrement dit, même le recours à la violence ne peut avoir pour objet l’annihilation de l’autre, mais l’imposition d’une correction (au sens de réparation). La racine du mot est s-l-h, qui donnera aussi le terme islâh que l’on pourrait traduire par réparation ou réformation.
la fraternité ne doit donc pas être comprise comme une autorisation au laisser-faire ou au passe-droit. Mais une exigence de toujours rester vigilant, et de toujours privilégier la justice car « Dieu aime ceux qui opèrent dans l’équité ». Sont équitables ceux qui retournent « au commandement de Dieu » qui consiste, justement, à ordonner le convenable et interdire le blâmable. La communauté musulmane a été voulue par Dieu répondant à ce pivot parmi d’autres. Dans la sourate 3, La famille de Imrân, le Coran dit :
وَلْتَكُن مِّنكُمْ أُمَّةٌ يَدْعُونَ إِلَى الْخَيْرِ وَيَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَأُولَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ
آل عمران، آية ١٠٤
« Que de vous se forme une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, proscrive le blâmable : ce seront eux les triomphants »
Coran 3, La famille de Imrân, verset 104 (trad. Le Coran essai de traduction, de Jacques Berque)
Ainsi, et sans aucune contradiction mais avec une rigoureuse cohésion, le Coran ne cesse de nous renvoyer au fait que nos actes doivent être le reflet de notre foi. un bon frère ne peut vouloir pour son frère (ou sa soeur) que le bien, c’est-à-dire, la justice et l’équité. Et si son propre frère ou soeur se dérobe à l’équité et à la justice par intérêt personnel, alors il est de notre devoir, de frère ou soeur aimant.e, de rappeler notre frère/soeur à la justice. Car in fine, tout bon croyant qui aura vécu en état de sérénité, c’est-à-dire, qui aura vécu de façon totalement cohérente entre ses pensées et ses actions ne peut qu’espérer la justice de Dieu s’il a tenté toute sa vie d’être juste. Et « Dieu ne manque pas à Sa promesse », et Il sait le mieux.
Ô Dieu fais de nous des compagnons de la vérité, de la justice et de l’équité, et fais de nous des repentants sincères; Notre Seigneur, accorde-nous une miséricorde de Ton sein, ménage-nous de notre chef rectitude » Amin !
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.