Association pour la renaissance de l'islam mutazilite (ARIM)

Auteur/autrice : Faker Korchane Page 1 of 12

Billet #6: sourate 49, verset 10

Cette rubrique consiste à rédiger une petite réflexion fondée sur le verset du jour que me propose mon application de salât. Chaque jour un verset différent. Aujourd’hui, le verset provient de la sourate Les Appartements (al Hujurât).

1996, Medina, Saudi Arabia — The opening page of a Koran made in Istanbul in 1867 AD (1284 AH). — Image by © Kazuyoshi Nomachi/Corbis

إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ إِخْوَةٌ فَأَصْلِحُوا بَيْنَ أَخَوَيْكُمْ وَاتَّقُوا اللَّهَ لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ

الحچرات، آية ١٠

Les croyants ne sont que des frères. Donc, réconciliez vos frères. Prémunissez-vous envers Dieu dans l’espoir d’entrer vous-mêmes en Sa miséricorde.

Coran, sourate 49, Les appartements, verset 10 (trad. Le Coran essai de traduction, de Jacques Berque)

Ce verset de la sourate Les appartements est sans doute l’un des versets les plus connus, et les plus utilisés, dès que couve un conflit entre musulmans, et pour cause. Comme je le fais souvent, je vais faire référence au verset qui le précède :

وَإِن طَائِفَتَانِ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ اقْتَتَلُوا فَأَصْلِحُوا بَيْنَهُمَا فَإِن بَغَتْ إِحْدَاهُمَا عَلَى الْأُخْرَى فَقَاتِلُوا الَّتِي تَبْغِي حَتَّى تَفِيءَ إِلَى أَمْرِ اللَّهِ فَإِن فَاءَتْ فَأَصْلِحُوا بَيْنَهُمَا بِالْعَدْلِ وَأَقْسِطُوا إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ

الحجرات آىة ٩

Si deux partis d’entre les croyants se combattent, eh bien ! réconciliez-les. Si l’un d’eux avait commis un passe-droit au détriment de l’autre, combattez le coupable jusqu’à ce qu’il fasse retour au commandement de Dieu. Alors, s’il fait retour, eh bien ! réconciliez les uns et les autres dans la justice : soyez équitables, Dieu aime ceux qui opèrent dans l’équité

Coran, sourate 49 les appartements, verset 9 (trad. Le Coran essai de traduction, de Jacques Berque)

La lecture vectorielle

En réalité, c’est toute cette séquence constituée des deux versets qui doit être méditée ici. L’application pour la salât de mon téléphone, mais aussi et sans doute des vôtres, nous envoie « le verset du jour »; ce qui n’est pas une chose mauvaise. Toutefois, bien souvent, en faisant cela, ces applications ont tendance à fractionner le texte coranique alors qu’il faudrait enfin être capable de le lire de façon plus « rattachée ». En ce sens, qu’il serait bon pour nous, musulmans (j’entends ici ceux et celles qui se reconnaissent comme tels et croient en Dieu, en la véracité du message muhammadien et du Coran et qui agissent en conséquence), de revenir au texte de façon plus rigoureuse, c’est-à-dire, en replaçant ce que nous lisons, ne serait-ce qu’au niveau littéraire, aux séquences qui précèdent et qui suivent, et plus largement, d’être capables d’aller lire tous les versets qui concernent la thématique qui nous intéresse afin d’avoir une compréhension dynamique, globale, du sens vers lequel le texte nous guide. L’historien et penseur tunisien, le regretté Mohamed Talbi (1921-2017) a qualifié cette façon de faire de « lecture vectorielle ». Il s’agit de ne pas se focaliser sur un verset spécifique, ou un bout de verset, comme c’est encore bien trop souvent le cas, pour privilégier une lecture plus globale de tous les verset attenants à ce même sujet. Seule façon d’avoir un aperçu honnête du sens du message coranique.

Prendre le verset 10 tout seul, comme me l’a proposé l’application, est un dommage si nous n’avons pas la curiosité de jeter un coup d’oeil sur ce qui précède et sur ce qui suit. Mais alors, pourrait-on m’objecter, « charité bien ordonnée commence par soi-même ». J’ai bien parlé du verset qui précède le 10, donc le neuvième verset, mis en exergue plus haut, mais quid du 11e ?

Une sourate testimoniale

En réalité le onzième verset entame une nouvelle séquence, bien que liée à la précédente, n’en demeure pas loin une nouvelle injonction morale faite aux croyants. Comme je l’avais déjà écris dans mon deuxième billet concernant cette sourate (mais un autre verset évidemment), « il faut rappeler que cette sourate, al-Hujurât, les appartements, comme la traduit Jacques Berque, est une sourate tardive, probablement révélée après la prise de La Mecque en 630, vers la toute fin de la mission du prophète Muhammad (sawas). Ce qui est frappant dans cette sourate, c’est son aspect général que l’on pourrait qualifier de testimonial. En effet, cette sourate insiste sur des conseils et prescriptions de bienséance morale. A cinq reprises, elle commence par « Ya ayyouha-l-ladhîna âmanou », « Ô vous qui croyez », ce sont des interpellations directes en direction des croyants pour leur dire ce qu’il faut faire. » Les deux versets que je mets en avant dans ce billet, constituent l’une des cinq interpellations faites aux croyants. Le onzième verset entame la cinquième.

Donc, restons concentrer sur les versets 9-10 de la sourate 49. Sourate tardive, al-Hujurât, livre tient son aspect testimonial du fait qu’elle livre une série de conseils à appliquer, puisque la mission du prophète Muhammad (sawas) se rapprochait de son terme. Des conseils éthiques, comme (dans le désordre et de façon non-exhaustive), le fait de ne pas parler fort en la présence du prophète (sawas), d’où l’on déduit que parler fort est un signe de manque de savoir vivre; ou encore, le fait de ne pas s’espionner, de se moquer les uns des autres, ou encore de médire des uns des autres. Le Coran rapproche même cette situation, le commérage, du fait de « manger de la chair de son frère mort » (verset 12). Et bien entendu, cette sourate, dans une des séquences adressées aux croyants, il est rappelé cet acte basique, qui est de toujours favoriser la conciliation et la réparation (« Fa-aslihou », le substantif étant solh), mais que l’exigence de vérité et de justice, pourrait nous amener à agir, armes à la main s’il le faut, toujours dans le but d’ordonner le convenable et d’interdire le blâmable. Car en l’occurence, quand bien même deux groupes de croyants s’opposeraient, il doit y avoir une solution pacifique, mais s’il n’y en a pas, alors il faut se mettre du côté des justes, non pour exterminer les autres, mais pour les ramener au solh, à l’amendement des esprits. Autrement dit, même le recours à la violence ne peut avoir pour objet l’annihilation de l’autre, mais l’imposition d’une correction (au sens de réparation). La racine du mot est s-l-h, qui donnera aussi le terme islâh que l’on pourrait traduire par réparation ou réformation.

la fraternité ne doit donc pas être comprise comme une autorisation au laisser-faire ou au passe-droit. Mais une exigence de toujours rester vigilant, et de toujours privilégier la justice car « Dieu aime ceux qui opèrent dans l’équité ». Sont équitables ceux qui retournent « au commandement de Dieu » qui consiste, justement, à ordonner le convenable et interdire le blâmable. La communauté musulmane a été voulue par Dieu répondant à ce pivot parmi d’autres. Dans la sourate 3, La famille de Imrân, le Coran dit :

وَلْتَكُن مِّنكُمْ أُمَّةٌ يَدْعُونَ إِلَى الْخَيْرِ وَيَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَأُولَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ

آل عمران، آية ١٠٤

« Que de vous se forme une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, proscrive le blâmable : ce seront eux les triomphants »

Coran 3, La famille de Imrân, verset 104 (trad. Le Coran essai de traduction, de Jacques Berque)

Ainsi, et sans aucune contradiction mais avec une rigoureuse cohésion, le Coran ne cesse de nous renvoyer au fait que nos actes doivent être le reflet de notre foi. un bon frère ne peut vouloir pour son frère (ou sa soeur) que le bien, c’est-à-dire, la justice et l’équité. Et si son propre frère ou soeur se dérobe à l’équité et à la justice par intérêt personnel, alors il est de notre devoir, de frère ou soeur aimant.e, de rappeler notre frère/soeur à la justice. Car in fine, tout bon croyant qui aura vécu en état de sérénité, c’est-à-dire, qui aura vécu de façon totalement cohérente entre ses pensées et ses actions ne peut qu’espérer la justice de Dieu s’il a tenté toute sa vie d’être juste. Et « Dieu ne manque pas à Sa promesse », et Il sait le mieux.

Ô Dieu fais de nous des compagnons de la vérité, de la justice et de l’équité, et fais de nous des repentants sincères; Notre Seigneur, accorde-nous une miséricorde de Ton sein, ménage-nous de notre chef rectitude » Amin !

Dieu peut-il être injuste ?

Ces dernières semaines, et même ces dernières années, n’ont pas été avares d’événements extrêmement choquants et difficiles à admettre. Des actes de tueries collectives, tortures, viols, et même jusqu’au génocide à Gaza. Combien d’entre nous ont grandi avec l’expression « plus jamais ça » en y croyant, et combien d’entre nous déchantons devant l’atrocité que nous voyons passée quotidiennement dans l’actualité.

Bombardement au Liban (Photo : D.R.)

D’un point de vue religieux, ces événements donnent de nombreuses occasions à certains et certaines de remettre en cause le divin. Soit l’existence de Dieu, puisque si un Dieu existait, Il serait nécessairement bon, juste, et bienveillant, et Il empêcherait donc ces horreurs d’advenir ; mais puisqu’elles sont là, c’est que Lui n’est pas. Soit, Sa nature même ; puisque si Dieu est là, et qu’Il s’accommode de toutes ces horreurs, c’est qu’Il n’est ni bon, ni juste, ni bienveillant. Ce serait un Dieu de l’arbitraire et de l’injustice. Qu’à Dieu ne plaise (astaghfirullah). Ces interrogations peuvent paraître dures, mais il faut être capable de les écouter afin de pouvoir y répondre. Car en effet, si l’on considère qu’un Dieu bon, juste et bienveillant a créé toute chose, y compris les hommes, il est difficile d’admettre qu’Il accepte que ses créatures, censées être les joyaux de Sa création, commettent autant de mal, et fassent souffrir autant d’innocents. Autrement dit, c’est la question de la possibilité du mal qui interroge ici. A considérer qu’il y ait un Dieu créateur, Bon, juste et bienveillant, comment expliquer l’existence du mal ?

La question du mal

Pour répondre à cette question d’une perspective islamique (mu’tazilite en l’occurrence), nous devons d’abord comprendre la weltanschauung (vision du monde) issue du Coran. Pour simplifier sans aliéner le propos, disons que Dieu a décrété (Décret/qadha) de la création d’un monde doté de lois et de délimitations en mesure de permettre l’existence des Hommes (Mesure/qadar). Ainsi Dieu décrète de la création du monde et des Hommes, ce que nous appelons Qadha (Décret [divin]). Et Il a mis en place les conditions pour permettre aux Hommes de vivre et d’évoluer. Ce que nous qualifions de Qadar (dans le sens de ‘Mesure’, ce qu’il faut pour que le Qadha advienne). Trop souvent Qadha et Qadar ont été compris comme synonymes de « décret et destinée », dans un sens qui ferait du décret divin de la création de toute chose – Qadha- , simultanément, le scellement de la destinée -Qadar- individuelle de chaque individu. Dans cette perspective, Dieu aurait décidé de créer un monde habité par des Hommes complètement irresponsables de leurs actes, puisque voulus et réalisés par Dieu. Ce qui rendrait notre existence même absurde. Or, Dieu nous rappelle dans le Coran que « Dans la création des cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour réside un signe pour ceux dotés de moelles [ceux qui raisonnent] » (III-190).

Autrement dit, le fonctionnement du monde et les éléments naturels eux-mêmes sont des supports à méditation pour les Hommes. Des supports, ou des signes qui indiquent leur Artisan. Mais alors, comment savoir que cet Artisan est juste ? Sans limites, Tout puissant, Omniscient, Dieu peut faire ce qu’Il veut. Il peut s’Il le veut jeter le juste en enfer et faire bénéficier du paradis à un individu vil. Mais voilà, il est difficile d’imaginer qu’un Dieu aussi expert, ayant façonné un univers si parfait et si harmonieux et où tout s’emboîte et s’enchevêtre aussi savamment, puisse être en même temps, injuste, arbitraire et tortionnaire, à l’image de ces rois imbus d’eux-mêmes et portés par leur pouvoir. Parce qu’ils peuvent, ils font. Dans ce cas, il faudrait s’imaginer un Dieu porté par Sa propre puissance et n’en faisant qu’en fonction de son bon plaisir.

Dieu est Juste et par-delà le mal

Pourtant le Coran nous enseigne que « Dieu s’assigne à Lui-même le rahma » (VI-54). Le terme de « rahma », qui renvoie à rahim, l’utérus, ou la matrice, est difficilement traduisible en français. Le plus souvent, les traducteurs optent pour « miséricorde ». Sans que cela soit faux, disons que ce terme ne rend compte que d’une façon partielle du sens de ce mot. Car tous les termes liés à la matrice doivent être mobilisés, miséricorde certes, mais aussi amour, protection, sécurité, chaleur…C’est cela que Dieu s’est prescrit à Lui-même, par conséquent, Dieu ne saurait être débordé par Sa propre puissance. Un autre verset, significatif de ce que cela veut dire est peut-être même plus explicite : « Nous [de majesté, donc Dieu] n’avons pas créé le ciel et la terre non plus que l’entre-deux, par jeu. Au cas où nous aurions voulu Nous donner divertissement, Nous l’eussions tiré de Notre sein., tant qu’à faire. Mais non ! Nous assénons au faux le Vrai, qui lui casse la tête, et voici le faux qui disparaît. Malheur à vous en vos affabulations » (XXI-16-18). Le « vrai », donc la connaissance est le critère nécessaire pour « casser » le faux. Le faux qui est un mal. Car le faux ne rend pas compte du réel. Et par réel, on peut comprendre, les besoins par exemple, ce qui est nécessaire, ce qui est vécu. Le faux n’en rend pas compte et peut poser davantage de soucis. Ainsi, Dieu ne fait que le bien, Il s’assigne à Lui-même la rahma qui l’empêche de mal agir. Mais le mal existe quand même, alors d’où provient-il ?

"Dieu s'assigne à Lui-même la rahma", Coran VI-54

Le mal provient, selon notre perspective, de la liberté humaine. La bonté de Dieu va jusqu’à nous permettre à nous, êtres humains, d’exercer notre liberté, quitte à ce que nous nous fassions du mal à nous-mêmes ou causons du mal à autrui. La bienveillance et l’amour de Dieu vont jusqu’à nous permettre de commettre ce qu’il déteste et dont Il nous interdit l’usage, comme l’injustice, la haine, la violence, l’humiliation. Mais sans la possibilité que ces choses-là existent ; l’Homme ne pourrait avoir l’occasion de choisir. Le choix implique nécessairement la possibilité d’avoir plusieurs options, d’avoir des alternatives. Or si le mal est nécessaire pour nous permettre le libre exercice de notre raison, cela ne veut pas dire que nous devons l’accepter et de renoncer à le repousser. Cela veut dire que nous devons employer notre raison pour améliorer notre condition. Ainsi les atrocités dont il était question en début d’articles n’ont rien de nécessaires et d’irrémédiables. C’est par l’action des Hommes que les Hommes souffrent. C’est donc aussi par l’action des Hommes que cette souffrance peut être combattue et repoussée. Par l’usage de la connaissance du vrai, donc de la raison et peut-être aussi de cette valeur coranique immense et à laquelle tout croyant devrait aspirer, à savoir la rahma. À l’échelle humaine, et pour qu’il soit fonctionnel, admettons que « rahma » veut dire « compassion. » Deux aphorismes rapportés du prophète, dont le Coran nous dit « Nous [Dieu] ne t’avons envoyé qu’en tant que rahma pour les univers » (XXI-107) disent, et de façon harmonieuse avec le Coran l’importance de la rahma en tant que valeur d’usage pour les croyants. Ainsi, le prophète nous enseigne que « celui qui n’accorde pas sa compassion aux gens, Dieu ne lui accordera pas la Sienne. » Ou encore, « Dieu n’accorde Sa compassion qu’à ceux de Ses serviteurs qui sont compatissants. »

Pour sortir du mal, notre compréhension de la religion islamique nous enjoint à utiliser la raison dans sa nature complète, froide et analytique pour connaître le factuel d’un problème. Et chaude et synthétique, pour comprendre comment la connaissance acquise par les faits (par la raison froide), puisse se traduire en réponse bénéfique et compatissante pour résoudre le problème à échelle humaine.

Avec beaucoup de retard et malgré le contexte, Eïdkom mabrouk

C’est avec quelques semaines de retard, et suite à quelques soucis techniques, que nous vous souhaitons à toutes et à tous un Eid mabrouk.

Cette fin de ramadan s’est vite accompagnée d’une nouvelle guerre déclenchée contre l’Iran. Nos pensées vont au peuple iranien qui devait déjà subir un pouvoir oppressif, et qui doit maintenant subir les bombardements « plein de soutien » de pouvoirs coloniaux.

Quant à la France, ces élections municipales ont été l’occasion de nouveaux accès et de propos, au moins, racistes. Soutien au maire de Saint-Denis Bally Bagayoko et à toutes celles et ceux qui ont eu, qui subissent, et qui subiront encore des propos injurieux, insultants, méprisants etc. Notre foi en Dieu nous apporte sérénité et confiance et nous aide à endurer un climat empoisonné.

Ramadan 1447 Mubarak

Ramdan Mubarak à toutes et à tous,

Photo :D.R

Avec quelques jours de retard, nous souhaitons à l’ensemble des musulmans du monde un excellent mois de Ramadan 1447. Que ce mois soit l’occasion de méditation, de réalisation et d’acceptation.

Nous ne reviendrons pas sur les polémiques liées au début du mois du jeûne. Cela ne sert à rien. Restons concentrer sur l’essentiel, l’occasion d’un mois spécifique de retour aux textes, à la méditation, à l’acceptation et à l’amendement de soi.

Que Dieu agréé notre jeûne et nos dévotions, qu’Il facilite à tous les nécessiteux et à tous ceux et celles qui souffrent. Toutes nos pensées et nos prières vont aux peuples de Gaza, du Soudan, du Congo et de partout ailleurs où des innocents souffrent ! Que Dieu leur apporte confort, patience et justice ! Que Dieu nous aide à nous amender nous-mêmes pour favoriser la diffusion de la paix, de l’équité et de la dignité pour toutes et tous ! Amin !

Billet #5: sourate 11 verset 114

Voici un nouveau billet après quelques temps d’arrêt. Pour rappel, cette rubrique consiste à rédiger une petite réflexion fondée sur le verset du jour que me propose mon application de salât. Chaque jour un verset différent. Aujourd’hui, le verset provient de la sourate Hûd.

وَ أَقِمِ اَلصَّلاٰةَ طَرَفَيِ اَلنَّهٰارِ وَ زُلَفاً مِنَ اَللَّيْلِ إِنَّ اَلْحَسَنٰاتِ يُذْهِبْنَ اَلسَّيِّئٰاتِ ذٰلِكَ ذِكْرىٰ لِلذّٰاكِرِينَ

« Accomplis la prière aux deux pointes du jour, et au cours des heures de la nuit (qui leur sont proches). Les actions belles dissipent les mauvaises. Que cela soit rappel à ceux qui pratiquent le Rappel » (trad. Le Coran essai de traduction, de Jacques Berque)

Voici le verset du jour proposé par mon application de salât. Et quel verset…l’algorithme m’a proposé le verset 114, mais je n’ai pas pu résister d’y ajouter le verset qui vient immédiatement après, le 115 :

وَ اِصْبِرْ فَإِنَّ اَللّٰهَ لاٰ يُضِيعُ أَجْرَ اَلْمُحْسِنِينَ

« [Et] sois patient, Dieu ne laisse pas perdre le salaire des bel-agissants (trad. Le Coran essai de traduction, de Jacques Berque) »

La salât comme fondement de leitmotiv d’action

Ces deux versets se situent dans une séquence où la révélation commence par édifier le prophète Muhammad (s) en première intention. En effet, quelques versets plus hauts, Dieu inspire au prophète : « Agis dans la rectitude, ainsi qu’il te fut ordonné, toi et quiconque avec toi se repent. Bannissez l’impudence ! Dieu sur ce que vous faites est Clairvoyant. » (verset 112). Autrement dit, dans l’attitude recommandée par Dieu, parmi la rectitude qu’Il nous prescrit, Il nous invite à prier à deux moments charnières de la vie d’un homme : à l’orée du jour et à la pointe extrême de la nuit. On commence la journée par un bain spirituel qui nous rapproche de Lui et nous prépare à faire face à l’angoisse de la vie en société ; puis, en fin de journée, pour nous épurer, nous laver des journées riches en soucis, dilemmes et autres équations insolubles. En un mot, la vie. Mais la vie n’est pas vaine, et nos souffrances du quotidien ne sont pas des fins en soi, mais juste des étapes. C’est pourquoi Dieu nous dit qu’il faut être patient. Car Dieu est absolument juste, aucun des efforts que nous faisons n’est perdu. Nous prions au début du jour et à sa fin, plus quelques autres moments conformément au verset 78 de la sourate XVII al Isrâ (le trajet nocturne) :

أَقِمِ اَلصَّلاٰةَ لِدُلُوكِ اَلشَّمْسِ إِلىٰ غَسَقِ اَللَّيْلِ وَ قُرْآنَ اَلْفَجْرِ إِنَّ قُرْآنَ اَلْفَجْرِ كٰانَ مَشْهُوداً

« Accomplis la prière entre le déclin du soleil et l’obscurcissement de la nuit ; la psalmodie du Coran à l’aube : le Coran de l’aube a des témoins »

…et comme source cathartique

Dans ce verset, le déclin du soleil (dulûk al shamsi) commence juste après son zénith (dhuhr), englobe l’après-midi (‘asr) et va jusqu’au crépuscule. Quant à l’obscurcissement de la nuit, cela commence évidemment avec le crépuscule (maghreb) et atteint l’obscurité complète lorsque les dernières lueurs (rouge) du soleil disparaissent (ichâ). Puis le verset insiste sur l’importance particulière du Coran de l’aube (fajr), moment singulier, début de la journée et moment dans lequel débute notre activité, ce qui doit marquer la dynamique dans laquelle on souhaite inscrire cette activité.

L’aube, c’est le lever du soleil, et avec lui, le début de notre action. « Le Coran de l’aube », relève de l’intention qui va guider notre journée. Le Coran que l’on récite dans cette première prière diurne (de jour) doit guider nos intentions de la journée, agir à la fois comme base de méditations pour notre journée, et pourquoi pas, comme leitmotiv, ou base d’action pour cette même période. Du reste, les anges sont témoins de ce que nous récitons, mais aussi de ce que nous accomplissons (ou pas) en relation de notre récitation coranique.

En outre, comme le rappelle le fameux hadith rapporté par Abu Sa’id al Khudhri où le prophète Muhammad (s) comparaissait la salât à un fleuve où l’on se nettoie « à chaque fois qu’il (le croyant) fait un péché puis invoque et demande pardon, il lui est pardonné ce qu’il a fait avant elle. » La salât est cathartique (purificatrice), elle nous lave de nos péchés.

Ainsi, le verset invoqué de la sourate Hûd, insiste sur deux moments précis pour accomplir la salât car d’une part, elle nous fait commencer la journée et inscrire notre action dans un cadre dynamique. Comme une feuille de route qui nous rappellerait l’importance de la générosité, de la compassion, du savoir, ou de l’équité, selon les versets que l’on aura récités. Mais d’autre part, surtout lors de la prière nocturne, la salât nous purifie, nous lave de ce que nous aurions mal fait ou mal agis. C’est ce que veut dire la suite du verset, l’action belle est toujours supérieure à la mauvaise. Elle l’efface. Seuls ceux qui connaissent le Rappel (dhikr) de Dieu y ont recours. Charge donc aux croyants sincères de se rappeler de cela, d’inscrire leurs actions dans le cadre coranique et de ne jamais oublier la clémence et la compassion de Dieu qui nous permet de racheter une mauvaise action par une bonne.

En dernière analyse, peut-être est-il plus juste de rappeler que la salât véritable, al salât al wistâ, que l’on peut traduire par « la prière médiane » et qui a fait couler beaucoup d’encre en analyse et en interprétation.

حٰافِظُوا عَلَى اَلصَّلَوٰاتِ وَ اَلصَّلاٰةِ اَلْوُسْطىٰ وَ قُومُوا لِلّٰهِ قٰانِتِينَ

« Soyez assidus aux prières, surtout à la prière médiane. Dressez-vous vers Dieu en dévotion » (trad. Le Coran essai de traduction, de Jacques Berque)

Pour ma part, j’ai toujours considéré que toutes nos actions devaient être placées sous le regard de Dieu. La salât formelle est un moment particulier qui nous permet de matérialiser concrètement ce lien spirituel et de nous structurer. La prière médiane dont il est question ici, peut, peut-être, être comprise comme notre action, notre manière d’être, de dire et de faire pendant la journée, pendant ce temps intermédiaire entre deux salâts, à savoir celle qui ouvre la journée et celle qui l’a clôt. Alors dressons-nous en dévôtieux et dévôtieuses, non seulement dans les actes du culte, mais aussi et surtout, dans notre vie de tous les jours.

Wa Allahu a’lam…    

Joyeux Mawlid 1447

Les gens que nous aimons, nous cherchons les occasions de la fêter, et de marquer l’amour que nous leur portons. C’est vrai pour nos amours, nos parents, nos frères et sœurs, nos enfants etc. Et même la mort n’efface pas la date de naissance d’un être aimé aujourd’hui disparu. Mais alors que dire du Mawlid, littéralement la « naissance » du prophète Muhammad b. Abdallah (sawas). Ce jour est un jour particulier et marquant. En tant que ses descendants spirituels, nous, musulmans, nous nous réjouissons de marquer cet événement. 

Un homme comme les autres…

Ceci, ne nous empêche pas de souligner l’aspect problématique à vouloir faire du prophète un être à part ; hors de la condition humaine alors que le Coran s’échine à rappeler la nature profondément humaine du prophète en ses rôles d’annonceur de La bonne nouvelle, la vérité de Dieu et la voie du bonheur possible, et donneur d’alerte (« Nous ne t’avons envoyer que pour porter la bonne nouvelle et donner l’alarme » 25, 56). Et c’est en vertu de sa nature intrinsèquement humaine qu’il est pour nous un modèle possible à suivre, une source d’influence directe et parfaite. Puisque homme, il est faillible, et a commis des erreurs comme nous le rappelle, par exemple, la sourate 80 ‘L’air sévère/Abassa’: « il a pris l’air sévère et s’est détourné, sous prétexte que l’aveugle l’abordait. Comment peux-tu savoir si l’aveugle n’allait pas se purifier, ou pratiquer le Rappel, et que le Rappel lui fût profitable ? » Ce qui est remarquable, c’est que le prophète soit faillible bien qu’il soit le dernier élu de Dieu, le « sceau des prophètes » (33, 40)  et donc  l’élu (Mustafa) de Dieu, Loin de constituer un défaut, cette faillibilité, devient un atout. Car c’est elle qui lui donne à lui l’occasion de nous montrer à nous, ses disciples à travers les âges, que nous sommes perfectibles ! Son humanité nous ouvre la voie. On peut facilement s’identifier à lui. Alors qu’on aurait plus de mal à reproduire des modèles tout aussi respectables et grands, mais plus problématiques pour nous, car eux ont pu séparer des mers avec un bâton, ou encore ressusciter des morts par imposition des mains. Ces miracles nous sont hors de portée, car réservés à des prophètes et à des moments spécifiques. Le prophète Muhammad (sawas) a pu commettre des erreurs, mais c’est par sa repentance immédiate, sa capacité à les corriger et à montrer ainsi à nous toutes et tous, que nous n’avons pas à être parfaits (« Car l’Homme fut créé faible », 4, 27), parce que nous sommes perfectibles. Faire des erreurs, c’est le propre de l’homme, savoir le reconnaître et les réparer, c’est le propre de la vertu, à commencer par la vertu muhammadienne. 

C’est en cela que le prophète Muhammad (sawas) doit être suivi est pris comme modèle. Non pas sur sa manière de se tenir les mains pendant la prière, ou savoir s’il commençait ses plats en mangeant la viande d’abord ou en finissant avec. Et encore moins à savoir s’il avait les cheveux, ou la barbe longue. Car vouloir reproduire ces choses-là, c’est vouloir singer le prophète. Ce n’est pas l’aimer, c’est l’idolâtrer. Le prophète n’était qu’un homme avec ses forces et ses faiblesses. Certes. Mais quel homme néanmoins. C’est son « caractère magnanime » (68, 4) sa « miséricorde pour les univers » (21, 107) qui devraient être pour nous des idéaux à suivre. Singer ne produit que des mécanismes vides de sens. S’inspirer du sens des actions du (et des) prophète, c’est toucher à ce qui motive l’action et nous enrichie en sagesse et en profondeur. C’est ce qui nous éveille à la vie. C’est la raison pour laquelle le prophète Muhammad, en tant que forme de synthèse de l’idée même de Révélation, ainsi en 33, 21 « vous avez en l’Envoyé de Dieu un beau parangon (modèle) pour ceux qui aspirent à Dieu, au Jour dernier et rappellent Dieu sans trêve » (33, 21). 

…Enfin, pas tout à fait

En évoquant le prophète Muhammad (sawas), les mots de Lamartine me viennent à l’esprit tellement ils sont magnifiques et sonnent tellement vrais aux oreilles des disciples de notre bien aimé prophète que nous sommes : « si la grandeur du dessin, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? Le plus fameux n’ont remué que des armes, des lois, des empires, ils n’ont fondé, quand ils ont fondé quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité. Mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. Il a fondésur un Livre dont chaque lettre est devenue loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toutes les langues et de toutes les races, et il a imprimé pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane la haine des faux dieux et la passion du Dieu un est immatériel (…) philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur des dogmes rationnels, d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. À toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? » (Alphonse De Lamartine, Histoire de la Turquie, Tome 1, Librairie du Constitutionnel, Paris, 1854-1855, p. 276 à 280). 

Réjouissons-nous de fêter la naissance de notre bien aimé, sans tomber dans l’excès de certains, qui à force de vouloir en faire un être à part, finissent par lui faire porter un habit non seulement qu’il n’a jamais revendiqué, mais que le Coran lui-même lui récuse. C’était un être humain faillible, mais avec une éthique et une bienveillance incroyable. En niant son humanité, c’est le sens même de son message que l’on nie, la prophète Muhammad (sawas) a dégagé les dernières scories qui obstruaient la voie qui mène à Dieu. En se liant au prophète, on se lie à Dieu, car le chemin du prophète mène à celui de l’Un. Et puisque Dieu a choisi le prophète pour cette mission, Il s’est lié (lier en arabe : sila, d’où le mot salât, qui est une forme substantivée du verbe lier) au prophète grâce aux anges. Ainsi comprend-on mieux le verset « Dieu et Ses anges se lient (youssalou) au prophète. Vous qui croyez, liez-vous à lui, et formulez sur lui un salut plénier. » (33, 56) La salutation sur le prophète est autrement nécessaire car il ne saurait être qu’une sorte de câble de transmission spirituelle. C’était un être humain, porteur de l’esprit divin qui a été insufflé sur l’humanité pour faire de nous ce que nous sommes. Tout être est une fin, et jamais un moyen. Alors, chers amis et amies, frères et sœurs en islam, en cette occasion de Mawlid al nabawi al charif, « la noble naissance du prophète », je vous souhaite à toutes et à tous une excellente célébration. 

Pour ce faire, je vous partage du du’a al fatihi, l’invocation (non pas du victorieux) mais du libérateur : 

اللَّهُمَّ صَلِّ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ الفاتِحِ لِمَا أُغْلِقَ و الخاتِمِ لِمَا سَبَقَ نَاصِرِ الحَقِّ بَالحَقَّ و الهَادِي إلى .صِرَاطِكَ المُسْتَقِيمِ و عَلَى آلِهِ حَقَّ قَدْرِهِو مِقْدَارِهِ العَظِيم سبحان ربك رب العزة عما يصفون، و السلام على المرسلين و الحمد لله رب العالمين

Allāhoumma ṣalli ᶜalā Sayyīdinā Mouḥammadini ‘l-Fāṭiḥi limā oughliqa wa ‘l-khātimi limā sabaqa, nāṣiri ‘l-ḥaqqi bi ‘l-ḥaqqi wa ‘l-hādī ilā ṣirātika ‘l-moustaqīm wa ᶜalā ālihi ḥaqqa qadrihi wa miqdārihi ’l-ᶜaẓīm. subḥana rabika rabi-l ᶜizzati ᶜamma yasifûn wa-l salamou ᶜala-l mursalīn wa-l ḥamdoulillahi rabi-l ᶜalamīn

O Dieu ! « Bénissez » notre Maître Muhammad qui a ouvert [la voie de] ce qui était obstrué, et qui a scellé ce qui a précédé ; faisant triompher le vrai par le vrai, et guidant vers la voie droite, « Bénissez » sa Maison comme il convient à son immense stature et à sa splendeur. Et louange à Dieu, le Seigneur des mondes ; Ton Seigneur, possesseur de la puissance, est au-dessus de toutes les suppositions ; paix sur les messagers envoyés et que louange soit rendue au Seigneur des univers (27, 180-182) 

Les petites-ablutions (al-wudhû)

Toute cette partie sur les ablutions (wudhû) est principalement fondée sur l’ouvrage Nûr al-idhâh, L’explication judicieuse, de l’imam al-Shrunbulâlî, traité très connu et servant de base d’enseignement pour les actes du culte (ibâdât) selon l’école hanafite. 

Personne en train de faire ses ablutions (Photo : D.R.)

Les conditions (shurût) de validité des ablutions :

  1. Que l’eau passe sur toute la partie à ablutionner. 
  2. Que la période des règles, le sang matriciel, et autres ait cessé. 
  3. Enlever tout ce qui pourrait empêcher l’eau de toucher la peau. 

Les piliers des ablutions (farâ’idha al-wudhû)

  1. Laver (aghsilû) le visage de la racine des cheveux au bout du menton. 
  2. Se laver (aghsilû) les deux mains et les avants bras jusqu’aux coudes. 
  3. Passer la main humide (s’essuyer/amsihû) sur la tête, au moins le quart de la tête. 
  4. Passer la main humide (s’essuyer/amsihû) les pieds, du bous des orteils aux talons et chevilles incluses. 

Les convenances (âdâb al-wudhû) des ablutions : 

  1. Joindre le cœur à la parole en formulant l’intention (celle-ci n’est pas une obligation comme cela peut être le cas dans d’autres écoles). اللهم إني نويت الوضوء/ phonétique: Allahoma inné nawaïtou ul wudhû, Mon Dieu, je prends l’intention d’accomplir les ablutions
  2. Faire face à la qibla si possible. 
  3. Prononcer la double attestation de foi une fois l’ablution terminée et boire un peu de l’eau restante des ablutions. 
  4. S’humidifier les oreilles et la nuque avec les mains humides (donc sans se les mouiller une nouvelle fois).   
  5. Puis, réciter cette supplication : 

اللهم أجعلني من التوابين، و أجعلني من المتطهرين

(Phonétique: Allahoma aj’alnî minal tawâbîn wa aj’alnî minal mutatahirîn)

« Mon Dieu, comptes moi parmi les repentants, et comptes moi aussi parmi ceux qui se purifient. » 

Les choses déconseillées (makrûhât al-wudhû) pendant les ablutions : 

  1. Gaspiller l’eau. 
  2. Se montrer trop parcimonieux
  3. Se claquer le visage avec l’eau 
  4. Parler de choses ordinaires
  5. Se faire aider sans raison
  6. Se passer les mains humides sur la tête trois fois en reprenant de l’eau à chaque fois. 

Note: le gaspillage de l’eau est quelque chose de proscrit en islam, il l’est d’autant plus pour des raisons écologiques évidentes. C’est la raison pour laquelle, il nous semble plus sage de s’en tenir aux ablutions telles qu’elles sont décrites dans le Coran, S05, V06. Il n’est pas utile de laver les membres trois fois. Une fois suffit, tout en se limitant aux parties prescrites par le Coran, le visage, les mains jusqu’aux coudes, une partie de la tête et les pieds. Se rincer la bouche, se laver le nez et les oreilles est faisable pendant les ablutions, mais il n’est pas nécessaire de faire cela trois fois à chaque fois.

Le livre des cinq fondements (traduction française)

En voici une traduction attendue. Le Kitâb al-usûl al-khamsah du qâdi Abdel Jabbâr est un cours traité, une sorte de précis théologique qui présente les cinq fondements de l’école, ou plutôt du mouvement mu’tazilite. L’auteur, mort en 1025, est l’un des auteurs les plus connus et des plus fameux, notamment sur la question du fiqh et des usûl al-fiqh, soit le droit islamique et le fondement du droit islamique (que je préfère appeler théologie pratique et fondement de la théologie pratique).

Depuis le XIe siècle, la persécution des mu’tazilites et la destruction de leurs ouvrages et héritage ; la connaissance de leur doctrine et des différentes nuances qui compose leur mouvement s’est surtout faite au travers d’une littérature que l’on peut considérer comme hostile au mu’tazilisme. Ce qui avait pour conséquence d’en donner un aperçu biaisé. Ce n’est qu’à partir du XIXe et du XXe siècle que des ouvrages ont été découverts, pour une part dans la guénizah du Caire autour des années 1890, et dans la grande mosquée de Sanaa au Yémen autour des années cinquante. Parmi les manuscrits découverts, des écrits du qadi Abdel Jabbâr, connus par ailleurs, mais que l’on croyait perdus. Notamment sa somme théologique, Kitâb al mughni fi abwâb al adl wal Tawhîd, Le traité complet sur les questions relatives à l’Unicité et à la justice, avec seize volumes découverts sur les vingt que compte l’œuvre ; et un petit traité, Le traité des cinq principes, aussi traduit par Le livre des cinq fondements.

C’est cet ouvrage que nous présente aujourd’hui l’ami et frère Yassine Zitouni, qui a fait un énorme travail de traduction, travail que nous comptions faire mais, mais impossible par manque de temps. Heureusement, le frère Yassine était là. Tâche dont il s’est admirablement occupé. Traduire n’est pas chose aisée, et cela prend un temps considérable.

Ce livre, présente sous forme d’échange un compendium (synthèse) des cinq principes autour des quels se retrouvent les mu’tazilites anciens et nouveaux. L’Unicité de Dieu, la justice divine, la promesse [du paradis] et la menace [de l’enfer], éternelles dans les deux cas. La demeure intermédiaire du musulman fautif et l’ordre moral. Le tout sous forme de questions réponses : « si on te demande… », « dis :…. ». L’ouvrage est très instructif et montre bien les grands principes de l’École, quand bien même, sur un certain nombre de points, l’auteur semble faire des concessions au sunnisme (interrogation dans la tombe juste après la mort, messianisme eschatologique). Le qadi écrit à une époque où le mutazilisme, bien que toujours vivant et brillant, était en danger. Donc, les mu’tazila de l’époque, le qadi Abdel Jabbâr (m. 1025) en tête, mais aussi le commentateur Zamakhshari (m. 1144) sont ce que j’appelle des Tardifs, et eux vont vouloir se concilier ou se rapprocher quelque peu du sunnisme. Là où les pionniers (Nazzâm, al Assam, al-Isfahâni etc) n’hésiteront pas à s’inscrire en faux avec cette attitude.

Lisez ce livre, c’est une ressource nécessaire et instructive sur le mu’tazilisme.

Aïd 2025 mubarak



Nous souhaitons à toutes et à tous un excellent Aïd al fitr 2025 !!!

Ramadan mubarak à toutes et à tous

« Que chaque année vous vous portiez tous bien »
Que votre ramadan soit plein de compassion

Nous souhaitons à toutes et tous les musulmans de France et d’ailleurs un excellent mois de ramadan 1446 !!

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