Association pour la renaissance de l'islam mutazilite (ARIM)

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Le mutazilisme au Maghreb / Partie 3. D’Ifriqiya à al-Andalus

Cet article fait suite à deux autres parties : cf. partie 1 et partie 2.

Le mutazilisme en Algérie, au Maroc et en Espagne

Qu’en est-il du mutazilisme en dehors de l’Ifriqiya aghlabide ? Le Maroc actuel doit son origine à Idris Ier (m. 791), un zaydite. Or, les zaydites sont aussi mutazilites. En effet, les cinq principes du zaydisme étant ceux du mutazilisme (unicité, justice, promesse et menace, demeure intermédiaire, commandement moral – cf. ici pour plus de détails). C’est sans doute ce qui explique que les Aghlabides et les Idrissides étaient alliés (avec des hauts et des bas, le partage d’une foi commune n’étant pas suffisante pour établir des alliances politiques).

Le mutazilisme au Maghreb / Partie 2. La restauration sunnite

Cet article fait suite à une première partie que vous pouvez consulter ici. Dans la première partie, il a été question de l’établissement de l’État aghlabide et de l’établissement d’une première judicature mutazilite. Mais avec Muhammad Ier, les choses changent, et le sunnisme malikite prend de l’ampleur. Suite des événements… 

Muhammad Ier (841-856), favorise le malikisme suite à la tentative de son frère, Abû Ja’far Ahmad de lui prendre le pouvoir en 846. Après une série d’événements et un intermède d’un an, Muhammad Ier parvient à reprendre les rênes de l’État. Cela fut possible parce que Muhammad Ier avait reçu l’appui des malikites, des religieux mais aussi des masses. Contrairement à la politique d’équilibre de ses aïeux, Abû Ja’far se montra hostile au ahl al hadîth (partisans du hadith) et tenta d’importer la mihna (épreuve) en Ifriqiya contre le chef incontesté des sunnites maghrébins de l’époque, l’imam Sahnûn (776-854). Il s’attaqua aussi aux Banû Humayd, aristocrates malikites proches conseillers des émirs aghlabides.

Le mutazilisme au Maghreb / Partie 1. L’Ifriqiya aghlabide

Le Maghreb (Occident arabo-musulman) présente actuellement un paysage religieux assez original par rapport au Machrek (Orient arabo-musulman). En effet, l’Orient, bien que majoritairement musulman sunnite, compte beaucoup de variétés, internes et externes. Par externes, j’entends les autres religions, christianisme, judaïsme voire d’autres. Mais mon intérêt dans cet article concerne la diversité interne. Par interne, j’entends la diversité dans l’islam.

Toutes les écoles juridico-rituelles (madhâhib / singulier madhhab) sont représentées avec des majorités variables entre les régions (entre hanafites, chafi’ites, malikites et hanbalites notamment via leur excroissance actuelle, qu’est le salafisme). Mais le Maghreb présente une incroyable homogénéité, en raison de la domination quasi exclusive du sunnisme malikite.

Makram Abbès, « L’adab et la formation de l’homme »

Makram Abbès, « L’adab et la formation de l’homme » dans La civilisation arabo-musulmane au miroir de l’universel : perspectives philosophiques, Paris, UNESCO, 2010, p. 29-40 (article reproduit partiellement, aperçu du livre ici)

« Le terme « adab » est polysémique. Il désigne aussi bien l’éducation que l’instruction, aussi bien les belles lettres que la sagesse, voire même la civilité, le savoir-faire. L’ensemble de ces désignations sont orientées vers l’idée de la formation de l’honnête homme, à la manière du modèle qui prévaut en Europe durant la renaissance. Il s’agit d’activer en l’homme, par l’étude des lettres, la bonhomie. Le savoir au sens strict reste conditionné par l’apprentissage du savoir vivre et du savoir faire. (…)

Souleymane Bachir Diagne

Souleymane Bachir DIAGNE, Comment philosopher en islam ?, Paris, Philippe Rey, 2008

Sur la raison

« Peur de la raison et que son usage fasse glisser et tomber dans l’incroyance ? Ceux qui ne craignent rien tant que la raison livrée à son propre pouvoir, la pensée libre et qui questionne, s’empressent de dénoncer une spéculation qui semble avoir fait « sécession avec la pensée dogmatique ». « Sécession », iʿtazala en arabe, donnera leur nom à ces théologiens que l’on appellera donc des mutazilites, c’est-à-dire, littéralement, « ceux qui se sont séparés ». (…) Peur de la raison. Mais que dire alors d’une situation où le rationalisme se mettrait à exiger que tous se conformassent à ce qu’il demande et serait prêt à régner, au besoin, par la terreur ? Serait-ce une contradiction absolue de voir la raison décider de gagner les esprits et les cœurs par la force ?

Histoire du pluralisme théologique en islam de 632 à 750

Ceci est un compte-rendu détaillé du cercle de lecture organisé par l’ARIM le 13 mai 2017. Nous avons voulu nous concentrer pour ce premier atelier de réflexion sur la mise en valeur du pluralisme des courants théologiques de l’islam.

Nous nous concentrons ici sur la période des quatre premiers califes (632-661) puis sur la période des califes omeyyades (661-750).

Abû Hurayra, le douteux ?

Né ‘Abd al-Shams (« serviteur du soleil »), le Prophète (saws) l’aurait rebaptisé ‘Abd al-Rahman. Fort de cette rencontre, le désormais ‘Abd al-Rahman promet de se sacrifier pour le Messager de Dieu. Abû Hurayra est censé avoir transmis 5374 hadiths et est cité dans plus de la moitié des isnâd (chaîne de transmission) classiques des hadiths, ce qui fait de lui le plus grand traditionnistes (muhaddith) connu.

Parmi la plupart des auteurs, il n’aurait connu Muhammad (saws) que de manière tardive : quatre années avant la mort de ce dernier. Il fut très pauvre du vivant du Prophète (saws), devint gouverneur de Bahreïn durant le règne de ‘Umar Ibn al-Khattâb, abandonna ce poste puis redevint émir de Médine sous le califat controversé de Mu’âwiya.

Youssef Seddik, Le grand malentendu

Youssef Seddik, Le grand malentendu. L’Occident face au Coran, Paris, Éditions de l’Aube, 2016

La lecture des œuvres de Youssef Seddik a contribué à me faire approfondir ma relation avec l’islam dont j’avais « hérité ». Ses analyses, toujours empreintes d’amour pour le sceau des prophètes, pour le Coran et pour Dieu, m’ont aidé à mieux comprendre le caractère universel du message prophétique. En effet, sans dogmatisme et avec honnêteté d’esprit, cet intellectuel m’a ouvert les yeux sur l’histoire des Arabes, de l’islam, des musulmans, leur relation avec le monde grec, romain, occidental. Ainsi j’ai fini par démythifier mon rapport à l’islam de sorte qu’il soit aujourd’hui plus pur, plus raisonné, plus sincère.

Françoise Micheau, Les débuts de l’Islam. Jalons pour une nouvelle histoire

Françoise Micheau, Les débuts de l’Islam. Jalons pour une nouvelle histoire, Paris, Téraèdre, 2012

Qui ne s’est jamais posé des questions sur l’historiographie classique de l’islam ? La question, pourtant essentielle, parait pourtant taboue dans la société islamique, où contradictions et approximations font office de vérités absolues. Cette histoire, la sîra nabawiyya, est considérée indissociable de la foi elle-même. Impossible pour le musulman lambda d’évoquer le sujet. Quiconque se hasarderait d’ailleurs à émettre la moindre critique se verrait accusé au minimum de révisionnisme, au  pire du fameux modernisme tant honni des traditionalistes.

Comment vivait-on l’islam au temps du Prophète ?

Force est de constater que les premiers écrits sur la période où Muhammad reçut la Révélation n’ont été rédigés qu’après sa mort en 632 et au moment de la formation du califat. Les califes avaient besoin d’écrire une nouvelle histoire impériale, d’inventer de nouvelles normes, d’homogénéiser le droit et ils devaient s’adapter à de nouveaux contextes sociaux et géographiques (la Syrie pour les Omeyyades, l’Irak et l’Iran pour les Abbassides, dans des empires qui s’étendaient de l’Indus à Gibraltar).

Ainsi, il est vain de croire que l’islam des premiers musulmans du VIIe siècle serait celui décrit dans des sources rédigées aux VIIIe et IXe siècles. Il est donc urgent aujourd’hui de se débarrasser de toutes les excroissances normatives et théologiques postérieures si l’on veut réellement prétendre toucher du doigt la manière dont Muhammad vivait son islam.

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