نرفض الإيمان طريقا الى الدين اذا لم يقبله العقل قول معتزلي

« Nous rejetons la foi comme seule voie vers la religion si elle rejette la raison. » (adage mutazilite)

La primauté pour nous est la raison qui est l’outil ultime de la Révélation. La raison nous mène à poser la question du pourquoi et du comment. Elle nous pousse à rejeter les arguments d’autorité et les imitations stériles et vaines. 

Historiquement, la doctrine mutazilite s’est fondée sur cinq principes :

  1. Tawhîd : Unicité absolue de Dieu.
  2. ‘Adl : Justice de Dieu.
  3. Al-waʿd wa l-waʿîd : Promesse du Paradis et Menace de l’Enfer.
  4. Manzila bayn al-manzilatayn : Demeure intermédiaire.
  5. Amr bi l-maʿrûf wa l-nahî ʿan al-munkar : Commandement du convenable et Interdiction du blâmable.

Les deux principes fondamentaux du mutazilisme n’en demeurent pas moins les deux premiers : l’Unicité et la Justice, qui impliquent la négation d’attributs divins distincts de l’Essence, la croyance dans le Coran créé et dans le libre-arbitre. De ces deux principes découlent les trois autres.

Le mutazilisme encourage la réflexion spéculative, voire la méditation comme premier moyen de connaître Dieu et pour comprendre et pratiquer la religion. C’est cet esprit critique sur ses propres textes et sa pratique qu’il convient de faire renaître aujourd’hui.

Le but de cette section théologique est à la fois de présenter ce que le mutazilisme était dans le passé et la manière dont on peut le renouveler aujourd’hui. Ainsi, il ne s’agit en aucun cas de trancher les anciens débats théologiques pour y obéir à la lettre aujourd’hui. Ces débats sont nés dans un certain contexte qui n’est plus le même. Cela nous mènerait donc à l’impasse de relancer ces vieilles discussions. Si vous voulez plus d’informations sur notre lien avec le passé et notre conception de la réforme de l’islam, vous pouvez consulter cette page.

L’objectif de la présentation du credo est aussi de montrer comment nous pouvons en réinventer un autre en ce début du XXIe siècle. La suite de cette présentation présente ainsi la possibilité d’un nouveau credo néo-mutazilite.

Ce dernier s’appuie en premier lieu sur le Coran que nous percevons comme créé : d’une part parce que seul Dieu est incréé, d’autre part, parce qu’il est apparu en une période déterminée. Il faut donc faire un effort de réflexion pour démêler ce qui temporel et ce qui est atemporel, ce qui est lié à un contexte précis et ce qui est d’ordre général. Pour cela, Dieu nous a dotés de notre esprit, de notre raisonnement logique et spéculatif. Nous devons interpréter à la lumière du bon sens et de la logique. L’ijtihâd (effort d’interprétation) est nécessaire pour comprendre l’esprit de la révélation. L’interprétation signifie la recherche du sens figuré par-delà le sens propre, à la lumière de la connaissance rationnelle.

On peut se retrouver en tant que croyant néo-mutazilite dans les principes suivants.

Principe 1 – Le rationalisme :

La raison prévaut. Dieu nous a doté de l’intelligence, nous devons nous en servir car pour un muʿtazila, réfléchir, utiliser le raisonnement logique et rationnel, c’est obéir à Dieu. Dieu est infiniment bon, pourquoi nous aurait-il doté de l’intelligence pour nous enfermer dans des dogmes oppressifs ?

Principe 2 – Aucun dogmatisme :

Ce principe découle directement du précédent. La foi se révèle être en premier lieu une expérience personnelle. Elle n’est ni vérité absolue intangible, ni à l’abri de la critique. La foi est relative à chacun, tout comme le rapport à Dieu est relatif à chacun. Le dogmatisme est donc inutile, vu que son mérite le plus important est de se figer dans une norme religieuse et d’empêcher toute critique. Or, il n’est nulle contrainte en religion.

Principe 3 – L’humanisme :

Le message global du Coran nous invite à respecter toutes les créatures, tous les hommes et toutes les femmes, à nous conduire de la meilleure des manières. Du principe humaniste découle la tolérance religieuse. La liberté de croire ou de ne pas croire doit être garantie. Le message de Dieu nous dit que toute vie humaine est sacrée. L’humanisme est donc une continuité logique du message coranique.

Principe 4 – L’égalité :

Dieu nous a créé égaux, hommes et femmes, et nous rappelle cette égalité dans le Coran. L’Homme est le khalife (successeur, héritier) de Dieu sur Terre, il ne peut donc y avoir des hommes supérieurs à d’autres.

Principe 5 – La liberté individuelle :

Que Dieu juge les Hommes veut dire que ceux-ci sont libres de leurs actes et responsables de ceux-ci devant le Seigneur. L’Homme naît donc libre. Il est libre et responsable. Il est ainsi libre de croire ou pas. Il est libre d’exprimer ses opinions, de mener sa vie comme il l’entend dans le cadre de la responsabilité. Ce n’est pas au croyant d’obliger, de contraindre, d’opprimer quelqu’un pour ses opinions. Comme Dieu est infiniment bon, il serait absurde qu’il attende qu’un automate lui rende un culte sincère. Le culte de Dieu n’a de sens que s’il est rendu par un être libre de le rendre ou non. Dieu ne saurait se satisfaire d’être adoré par un objet dont il aurait lui-même programmé la dévotion. La dévotion n’a de sens que si elle est un acte librement consenti et sincère.

Principe 6 – La démocratie :

Si nous croyons en la liberté de l’Homme alors celui-ci doit pouvoir choisir son mode de gouvernement librement. Ce principe découle aussi directement de la notion de liberté individuelle. Les premiers califes appelés « bien guidés » furent choisis par la Shura, assemblée représentative des compagnons. Le principe démocratique existe depuis les premiers siècles de l’Islam.

Principe 7 – L’ouverture d’esprit aux sciences :

Le Coran n’est pas un livre scientifique, c’est un guide pour le croyant. La science est l’étude des phénomènes naturels, leur explication. Elle décrit une réalité approchée par l’étude des causes à effet. Pour comprendre la création et les créatures de Dieu, seules les sciences le permettent. Rationnellement, on ne peut rejeter la science parce que ses résultats ne nous conviennent pas. Les sciences sont utiles pour la progression des hommes dans la connaissance et pour améliorer leur vie. Un muʿtazila est ouvert à toutes les sciences (humaines et « dures »), parce qu’elles ont tant apporté au bien-être humain.

Ce sont des principes et non un dogme, ils permettent de vivre un islam pacifique, raisonné, ouvert et non dogmatique. Ils permettent de rendre un culte à l’Unique sans enfermer l’esprit dans un tout qui aurait été pensé et préparé à l’avance, dans lequel le croyant ne ferait qu’imiter et où son intelligence ne serait pas sollicitée. Le mutazilisme est un chemin vers une lumière où la raison est omniprésente. La confiance en Dieu et en la capacité de l’Homme à se libérer et à progresser est ce qui le caractérise.

Nous remercions par ailleurs Christophe de Medeiros pour l’élaboration de ces principes et leur mise par écrit.