Mutazilisme

Association pour la renaissance de l'islam mutazilite (ARIM)

Catégorie : Spiritualité (Page 1 sur 3)

L’art de savoir quand commence (et prend fin) le mois béni de ramadan

Photo : D.R.

La période du ramadan est toujours un moment quelque peu houleux au sein des musulmans de France. Les organisations officielles s’opposent généralement pour savoir quand le mois béni commence et quand il finit. Nouvelle dans le paysage islamique de France, la Mosquée Fatima se doit d’avoir son idée sur cette question  Il s’agit de connaître l’avis de la Mosquée Fatima, en tant qu’organisation musulmane, sur la méthode de fixation du début du noble mois de ramadan.

La mosquée Fatima est une organisation religieuse musulmane porteuse d’un discours reposant sur deux valeurs fondamentales : la rationalité et la spiritualité, qui sont au cœur du message coranique, et donc au cœur de l’islam. Même si elle est porteuse de recommandations et de pratiques, c’est la responsabilité des fidèles qui est la règle absolue. Autrement dit, tout acte doit trouver sa raison d’être dans la volonté libre de celui ou celle qui l’accomplit. En cela, la Mosquée Fatima peut être rattachée au courant religieux dit libéral.

Cela étant posé, se pose la question de savoir comment pensons-nous la question de la détermination du début du mois de ramadan. Pour ce faire, il faut commencer par revenir au texte fondateur, le Coran. Nous n’allons pas nous intéresser au jeûne en tant que tel dans cette réflexion, mais uniquement sur la détermination du mois de ramadan. Ainsi, au verset 185 de la sourate 2 (al-Baqara/la Vache, traduction de Jacques Berque légèrement modifiée par nos soins) :

« Le mois de ramadan est celui durant lequel a été descendu le Coran, en tant que guidance pour les hommes et que preuves ressortissant de la guidance et de la démarcation (entre le bien et le mal). Quiconque parmi vous sera témoin de la naissance de ce mois, le jeûnera. A qui serait malade, ou se trouverait en voyage, incombe un même nombre de jours pris ailleurs. Dieu n’exige de vous que l’aisé (yosr), Il n’exige pas de vous le malaisé (ʿosr).A vous de parfaire le nombre imparti, en glorifiant Dieu de Sa guidance…- peut-être Lui en aurez-vous gratitude ».

Ce passage coranique est fondamental, c’est celui qui consacre le mois de ramadan comme mois de jeûne. Donc, il faut jeûner pendant ce mois à partir du moment où l’on a constaté qu’il avait commencé. Les mois du calendrier hégirien sont lunaires. A la nouvelle lune (un croissant de lune naissant pour être précis) on déclare le mois commencé. La question épineuse est de savoir comment savoir que le nouveau mois commence. Jusque là, la méthode utilisée était celle de la vue (ru’ya).Il suffisait qu’une personne de confiance informe les autorités religieuses d’avoir aperçu le nouveau croissant pour que le mois soit déclaré « commencé. » En cas de mauvais temps, la visibilité n’est pas de mise. Alors, on reporte le début du mois au jour d’après. Car un mois lunaire n’excède pas 30 jours. C’est pourquoi, c’est au 29jour de shaʿbān que les religieux se réunissent pour observer la lune ou attendre qu’une personne de confiance l’ait fait.

La préférence méthodologique de la Mosquée Fatima

En ce qui nous concerne, nous estimons que cette manière de faire est aujourd’hui problématique. Car non seulement, nous avons les moyens de savoir à l’avance le cycle lunaire, et nous sommes capables de fixer les dates de début et de fin du mois de ramadan, et ce longtemps à l’avance et depuis longtemps. Or ne pas le faire, est source de « malaise » (ʿosr), ce que Dieu ne nous veut pas selon le verset cité plus haut. Au contraire, Dieu nous veut ce qui est aisé (yosr). Nombre de croyants ont des difficultés aujourd’hui pour s’organiser avec leurs employeurs quant à la date des fêtes islamiques (al-fitr, et al-Adḥā), l’usage veut que les employés puissent prendre leurs journées en accord avec leurs patrons en prévoyant à l’avance, de manière à ne pas mettre les entreprises en difficulté. C’est en somme une question de respect de deux principes islamiques éthiques fondamentaux : l’usage (ʿorf), et du savoir vivre (ādāb). Or, comment prévoir à l’avance si on ne peut être au courant que la veille ou l’avant-veille. Des gens aimeraient prendre une partie de leurs vacances durant cette période, mais doivent choisir des dates au « pifomètre », ce qui peut parfois provoquer de véritables frustrations spirituelles, comme lorsque vous vous êtes débrouillés pour reprendre votre activité le jour même de l’aïd al-fitr par exemple. Mais ce problème est envisageable avec les autres occasions de célébration religieuse (comme l’aïd al-Adḥā déjà évoqué, et à une moindre échelle, les jours de jeûnes de ʿAshūrā, du Mawlid…).

Or, le calcul astronomique permettrait de connaître à l’avance les dates de début et de fin du mois de ramadan (cette année 1440/2019, le début est fixé pour le 6 mai et la fin pour le 4 juin), c’est pourquoi nous adoptons cette méthode de calcul et la soutenons. Un certain nombre de versets coranique nous permettent de savoir que le calcul, et la détermination à l’avance du mouvement des astres, sont des dispositions auxquelles nous pouvons (devons ?) avoir recours. Ainsi :

« Le soleil et la lune évoluent selon un calcul minutieux » (55, 5) ;

« Fendeur de l’aube, Il a fait de la nuit une phase de repos; Le soleil et la lune pour mesurer le temps avec exactitude. Voilà l’ordre précis conçu par le Puissant, l’Omniscient. » (6,96) ;

« C’est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases avec exactitude afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). Dieu n’a créé cela qu’en toute vérité. Il expose les signes pour les gens doués de savoir. » (10,5) ;

« Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes – Dis : “ Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le pèlerinage“ » (2, 189) ;

« Et la lune, Nous lui avons déterminé des phases jusqu’à ce qu’elle devienne comme la palme vieillie. Le soleil ne peut rattraper la lune, ni la nuit devancer le jour; et chacun vogue dans une orbite » (36, 39-40) ».

Enfin, nous appelons nos sœurs et frères musulmans, en vertu des deux versets suivants, à se référer au Coran en se basant sur la raison : « Nous leur avons, certes, apporté un Livre que Nous avons détaillé, en toute connaissance, à titre de guide et de miséricorde pour les gens qui croient » (7, 52) et « En effet, Nous avons rendu le Coran accessible pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (54, 17).

Nous vous souhaitons à toutes et à tous, ainsi qu’à nous-mêmes, un excellent mois d’effort, en jeûne, abstinences, méditations, prières et invocations. Le mois de ramadan n’est pas le mois du gâchis alimentaire, ni des nerfs à vif, c’est le mois où l’on doit se rappeler des valeurs fondamentales de l’islam, de l’ouverture aux autres, de la solidarité, du partage, et de la patience. C’est le mois durant lequel les corps doivent se restreindre pour permettre aux âmes et à la vie spirituelle de prendre un surplus de place et de réalité au quotidien.

Et Dieu sait le mieux/Wa Allahu aʿlam

Texte basé sur un article publié initialement sur le site de l’association Parle moi d’islam (http://www.parlemoidislam.com/la-lune-dans-le-coran/), revu et corrigé avec l’autorisation des auteurs, par et pour l’organisation religieuse la Mosquée Fatima. Texte aussi soutenu par l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite.

Le Projet de la Mosquée Fatima

As salāmu aleykom

Nous vous souhaitons à tous un joyeux Mawlid nabawi 1440.

Salle de prière de la mosquée Fatih à Istanbul en Turquie (photo: D.R.)

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Orthodoxie islamique et suite bergamasque

Claude Debussy a su, dans sa Suite bergamasque, par l’usage unique de quelques touches de piano, et par une certaine et extrême sensibilité acoustique, produire un son semblant s’élever au-dessus du temps. Quelques minutes qui s’enchainent au-dessus des contraintes matérielles, se mariant avec elles, semblant même jouer avec elles. Une note, suspendue entre deux, dans un son clair, apparait ainsi comme l’évidence. Elle ne devait pas être ailleurs, elle devait être là. Il en va de même pour de nombreuses notes de ce Claire de Lune de Debussy.

Après un tel intermède, le retour à la quotidienneté est parfois difficile, si ce n’est, plus occasionnellement, brutal. Cela peut arriver lorsqu’une discussion que l’on espère légère et sympathique se transforme en combat d’argumentaire théologique mettant en évidence le fossé gigantesque qui peut exister entre deux types d’islam. La différence n’est pas encore ici un mal, au contraire, elle a toujours été une miséricorde (rahma) dans la communauté. Par contre, dans ce genre de cas, l’épreuve réside dans l’emploi du raisonnement intellectuel face un discours constitué d’amas d’idées courtes et de références à des sources passées.

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Mawlid 1439 Moubarak

Ce vendredi 1er décembre 2017 correspond au 12 rabi’ al awwal de l’année 1439 selon le calendrier hégirien. Autrement dit, en ce jour, les musulmans célèbrent la naissance du prophète Muhammad (s*).

C’est un jour de joie et de partage, l’occasion pour les proches de se voir, et d’échanger des douceurs (en Tunisie, c’est une crème à base de graines de pin d’Alep, assidat zgougou), mais aussi et surtout, de méditer sur la vie du prophète, et de s’inspirer de lui comme modèle.

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Les usages de la raison en islam

Telle qu’elle a été pensée dans le cadre du désenchantement du monde, la raison est à un concept à prendre avec des pincettes car elle participe d’une vision positiviste du fait religieux, inefficace pour toute personne désirant nourrir sa dimension spirituelle.

Mais l’histoire de l’islam nous offre bien des trésors pour comprendre la manière dont le Coran et les rationalistes musulmans (dont les mutazilites) ont abordé la notion de raison : à travers le concept de ‘aql. Il s’agit de faire la part des choses entre une raison positiviste asséchant la spiritualité et une raison intuitive participant à la connaissance spirituelle, que l’on pourrait qualifier de « rationalité mystique ». Cet article fait suite à ce qui a déjà été traité précédemment ici.

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Est-ce un mal que de vouloir séculariser l’islam ?

Dans « Réformer l’islam ou le brader », Sofiane Meziani affirme que la modernité aurait anéanti « l’invisible » et que « seul subsiste l’aspect « physique » de l’existence humaine, la dimension métaphysique ayant été balayée de la conscience humaine ». Il poursuit ainsi :

« Faire le jeu de la laïcité, et de la modernité de manière générale, revient à contribuer au démantèlement de la conscience religieuse, car la modernité consiste justement en une neutralisation de la transcendance au profit de l’immanence ; c’est, plus clairement, l’abolition du sacré au bénéfice du profane. »

Si je suis effectivement d’accord avec le constat que nous vivons dans des sociétés très matérialistes qui n’ouvrent aucun espace (ou très peu) pour que les individus développent leur dimension spirituelle, il ne s’agit pas non plus de rejeter l’immanence, la matière et le visible, au sein desquels on peut tirer des avantages spirituels à condition d’en faire bon usage.

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Présentation de notre identité visuelle

Nous sommes heureux de vous présenter notre nouvelle identité visuelle. Le dessin que vous pouvez voir sur notre logo est inspiré de la calligraphie koufique (caractérisée par sa forme très carrée). Il s’agit du plus ancien style calligraphique développé à Kufa en Irak. Ses formes géométriques rappellent notre attachement à la raison et au discernement pour faire nos choix spirituels.

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Le langage, la vérité et Satan

Temps troubles que ceux d’aujourd’hui, résultant de la vitesse qu’imposent les systèmes informatiques et technologiques. Il est manifeste que nulle part dans l’histoire, les changements n’ont été aussi rapides, exposant l’être, en plus de son angoisse ontologique, à un inconfort permanent face au prochain changement. La nature ayant horreur du vide, des diseuses de bonnes aventures apparaissent, des faux guides ou de vrais trompeurs.

En cela il n’y a malheureusement rien de nouveau, quoique peut être que non, ici la promotion de la vérité est conjuguée aux moyens offerts par la technique. Ainsi, aux anciennes recettes d’application de la peur se rajoute la puissance de la diffusion numérique.

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Développements sur le libre arbitre en islam

Le concept du libre arbitre de la conscience humaine, et donc de la responsabilité des actes des humains face à une justice divine, est un élément caractéristique de la pensée mutazilite. Ainsi, dans une grille de lecture théologico-centrée, l’existence d’un libre arbitre humain mettrait en jeu, en apparence, des paradoxes qui mettent à mal tantôt la notion de justice divine, et tantôt celle de puissance divine voire dans certains cas la notion de connaissance divine. Est-il possible de sortir de ces paradoxes ? Développons.

La notion de libre arbitre humain, des pensées et des actes, est contestée par les tenants de la prédestination de ces pensées et de ces actes, ainsi que leur inscription par Dieu sur une table gardée, de toute éternité.

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Imân, foi ou croyance ?

On confond trop souvent foi et croyance. Or, ce n’est pas seulement une affaire de mots. Dans ses traductions du Coran, Maurice Gloton a choisi judicieusement de ne pas traduire l’imân par croyance mais par l’actualisation du Dépôt confié. Nous sommes ici bien loin du registre de la simple croyance ou de l’opinion, mais dans celui d’une expérience et d’un état de l’être.

La foi vient du latin fides (confiance, fidélité) ou encore feodus (traité, alliance). Il s’agit donc d’être  garant(e) d’une responsabilité, de respecter un pacte fait avec Dieu en actualisant le Dépôt qu’il nous aurait confié : ce dépôt peut se comprendre comme une sorte de trésor contenant l’ensemble de qualités et vertus qu’il est de notre ressort de mettre en œuvre au cours de notre vie. Il s’agit de rester fidèle à Dieu : non en se soumettant mais en restant loyal(e) en vertu du cadeau qu’Il nous a donnés : en nous élevant vers Lui, en nous unissant à Lui grâce à l’actualisation de Ses propres qualités qu’Il a déposées en nous.

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