Mutazilisme

Association pour la renaissance de l'islam mutazilite (ARIM)

Catégorie : Normes et pratiques (Page 1 sur 3)

La salāt (prière) selon le rite hanafite

Tout ce document ne vise qu’à donner un guide usuel pour toute personne désireuse de structurer sa pratique religieuse islamique. Il ne garantit en rien l’approbation divine ou une place au paradis. Le culte répond à un rituel, et c’est ce rituel que j’ai voulu expliciter en m’appuyant essentiellement sur l’approche hanafite. Mais je tiens à rappeler que le hanafisme auquel je fais ici référence se revendique des premiers maîtres, Abû Hanifa, Muhammad al-Shaybâni, Abû Yûssuf, et Zufar (ra). Pas à celui que l’on trouve aujourd’hui sur les sites web dits « hanafites », mais qui s’inscrivent dorénavant, et pour l’essentiel dans la filiation traditionniste (si ce n’est pour certains, carrément salafistes). Notre hanafisme se revendique pleinement de l’école de Koufa, il donne à l’ijtihâd, et donc à la raison une place de choix. Si ce document vous aide d’une quelconque manière, tant mieux, mais votre salut, ou plutôt, votre bonheur, n’est pas à chercher ici, mais dans vos intentions, actions, et réalisations d’après ce qu’en dit le Coran. Chacun garde sa totale liberté et autonomie, il n’est pas question ici d’apporter un jugement de valeur ou à obliger quiconque de faire quoi que ce soit. Chaque acte doit être fait parce qu’on le veut, et non de façon contrainte. Ce document n’a qu’un but : éclairer sur une pratique cultuelle importante, celle de la prière en islam, selon le rite hanafite. Ce qui n’invalide en aucune manière toute autre façon de prier ou de se tourner vers Lui. Ici, je ne fais que d’en proposer une parmi des milliers. Et Dieu sait le mieux. 

Deux schémas récapitulatifs se trouvent à la fin de la présentation

Avant la prière, établir le temps de prière (iqāma) :

Dieu est plus grand, Dieu est plus grand
Dieu est plus grand, Dieu est plus grand

J’atteste qu’il n’y a de Dieu que Dieu

J’atteste qu’il n’y a de Dieu que Dieu

J’atteste que Muhammad est messager de Dieu

J’atteste que Muhammad est messager de Dieu

Accourez à la prière
Accourez à la prière
Accourez à la félicité
Accourez à la félicité
La prière a commencé
La prière a commencé
Dieu est plus grand, Dieu est plus grand

Il n’y a de Dieu que Dieu

En arabe:

Allāhu akbar, Allāhu Abkar
Allāhu akbar, Allāhu Abkar
Ach’hadou ana lā illāha iIla allāh

Ach’hadou ana lā illāha illa allāh

Ach’hadou ana mouḥamedan rassoul allah

Ach’hadou ana mouḥamedan rassoul allah

Ḥaya Alā Assalāt

Ḥaya Alā Assalāt

Ḥaya Alā Al Falāh
Ḥaya Alā Al Falāh
Qad qāmat al salāt, qad qāmat al salāt

Allāhu akbar, Allāhu akbar

Lā ilāha illa allāh

Prononcer l’intention (nyya) et l’entrée en consécration pour le temps de la prière:

Seigneur, j’ai l’intention d’accomplir la prière du [fajr, dhuhr, ʿasr, maghrib, ʿichā; witr; voire nāfila, istikhāra…] Allāhuma inni nawayt salāt al-[ fajr, dhuhr, ʿasr, maghrib, ʿichā; witr; voire nāfila, istikhāra…] et enchaîner sans pause en levant les deux mains à hauteur de tête, de manière à ce que les pouces contactent les lobes des deux oreilles, et prononcer “Allāhu akbar”. Cette étape est appellée “takbīrat ul- iḥrām” et marque l’entrée dans un état de consecration du temps de prière.

Ensuite, on pose sa main droite au dessus de sa main gauche juste sous le nombril, de manière à ce que l’auriculaire de la main droite soit au contact du pouce. Puis on introduit la prière par cette invocation: “Gloire à Toi, ô mon Dieu et par ta louange, bénis soit Ton nom et exaltée Ta grandeur, il n’est de Dieu que Toi”

Subḥānaka Allāhuma wa biḥamdik, tabāraka ismaka, wa taʿāla jiddaka, wa lā illāha ghayraka

Lire la Fātiḥa
Je prends refuge en Dieu contre Satan le lapidé, Par le nom de Dieu Le Clément, Miséricordieux
Louange à Dieu, Seigneur des Univers, Le tout miséricorde, le Miséricordieux

Le Roi du Jour de l’allégeance
C’est toi que nous adorons, Toi de qui le secours implorons.

Guide-nous sur la voie de rectitude
La voie de ceux que Tu as gratifié, non pas celle des réprouvés, non plus que de ceux qui s’égarent.

Aʿūdhū billāhi mina achaïtāni erradjīm

Bismi illāhi erraḥmāni erraḥīm
Al ḥamdu lillāh rabbi al-ālamīn
Erraḥmāni erraḥīm

Māliki yawmi-d-dīn
iyyāka nʿa-boudou wa iyyāka nastaʿīn Ihdinā sirāta-l-moustaqīm Sirāta-l-ladhīna anʿamta ʿalayhim Raïr-il mardhoubi ʿalayhim wa lā-d-dhālīn

Lire un peu de Coran après la fātiḥa (deux premières Rakkʿāt):

Soit une sourate, généralement parmi les plus courtes, de la fin du Coran, soit l’équivalent de trois versets, ou d’un long verset.

Puis takbīr (dire : Allāhu akbar), le takbīr est prononcé à chaque changement de position, il constitue la transition entre les différentes étapes de la salāt.

L’inclination (rak’a, qui est l’unité de mesure de la prière), s’incliner et

dire :

Gloire à mon Seigneur, le majestueux (x3)

Puis takbīr (dire : Allāhu akbar)

Se redresser et dire :

Dieu écoute celui le remercie

Puis takbīr (dire : Allāhu akbar)

Subḥāna Rabbi al-ʿadhīm Subḥāna Rabbi al-ʿadhīm Subḥāna Rabbi al-ʿadhīm Allāhu akbar

Samiʿa allāhou liman ḥamidah, rabbanā wa-laka al-ḥamd Allāhu akbar

La prosternation (sejda), se prosterner et dire:

Gloire à mon Seigneur le Très-Haut
Puis Takbīr
Au cours de cette étape, le corps est le plus rapproché au sol, le plus tourné vers son centre, et au plus bas, c’est aussi le moment où Dieu est « plus proche ».
Le corps est au contact du sol en 7 points : Les orteils pliés (x2) en direction de la qibla,

les genoux (x2), les paumes (x2 pas les avant-bras), et le visage (le front et le nez).

Subḥāna rabbī al-ʿlā Subḥāna rabbī al-ʿlā Subḥāna rabbī al-ʿlā

Se mettre à genoux :

On s’assoit entre deux prosternations en posant les mains sur les cuisses
Puis Takbīr

Se prosterner et dire :

Gloire à mon Seigneur le Très-Haut Puis Takbīr

Allāhu akbar

Allāhu akbar

Subḥāna rabbī al-ʿlā Subḥāna rabbī al-ʿlā Subḥāna rabbī al-ʿlā Allāhu akbar

Chaque deux rakʿāt, en restant à genoux, la Salutation (tashahud) :

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Après la deuxième prosternation, on se pose de manière à ce que les fesses reposent sur les talons, les mains posées sur les genoux. On ne lève l’index qu’à l’énoncé de la main droite que lors de la négation dans l’attestation de foi (shahāda), quand on dit « ach’hadu anna lā illāha », puis on le baisse à « illā Allāh »

Les salutations reviennent à Dieu ainsi que les prières et toutes choses agréables, que la paix soit sur toi, ô prophète, ainsi que la miséricorde et les bénédictions de Dieu. Que le salut et la paix soient sur nous ainsi que sur tous les vertueux serviteurs de Dieu. J’atteste qu’il n’est d’autre Dieu que Dieu, Seul et sans associé, et j’atteste que Muhammad est le serviteur et l’envoyé de Dieu.

Optionel : On peut y rajouter la salāt ibrāhimyya, la prière abrahamique : « Ô mon Dieu, Lie-Toi à Muḥammad et à la famille de Muḥammad, comme Tu T’es lié à Abraham et à la famille d’Abraham ; Bénis Muhammad et la famille de Muhammad, comme tu as béni Abraham et la famille d’Abraham, car Tu es Magnanime et Glorieux. »

Récapitulatif en schémas annexe 1 & 2

Cas 1 : S’il s’agit d’une prière de deux rakʿāt, deux unités de prière, on salue en tournant la tête vers la droite comme pour regarder son épaule, et dire le salām ; puis la même chose à gauche. Cette étape marque la sortie du temps de consécration de la prière qui avait commencé avec la takbīrat ul-iḥrām

Cas 2 : S’il s’agit d’une prière en 3 ou 4 unités de prière (rakʿāt : dhuhr, ʿasr, maghrib, ʿichā et witr), on prononce le Takbīr (Allāhu akbar), puis on renouvelle les mêmes étapes.

On récite la Salutation toutes les deux rak’āt systématiquement. Lors des prières impairs, on la récite à la fin de la deuxième rakʿa, puis à la fin de la troisième (maghrib et witr)

al-taḥyyātu lillāh, wa-salāwātu wa-l- tayyibātu lillāh, as-salāmu-ʿaleyka ayouhā al-nabbyy wa-raḥmatu-llahi wa barākātuhu, as-salāmu ʿaleynā wa ʿalā ʿibādullāhi as- sāliḥīn ; Ach’hadu anna lā illāha illā Allāh, Wa ach’hadou ana Muhammadan ʿabduhu wa rassūlihu

Allhuma sallī ʿalā Muḥammad wa ʿalā āli Muḥammad kamā salytou ʿalā Ibrāhīm wa

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ʿlā āli Ibrāhīm, Allāhuma bārik ʿalā Muḥammad wa ʿalā āli Muḥammad, kamā bārakta ʿala Ibrāhīm wa ʿalā āli ībrāhīm, innak ḥamīd majīd

As-salāmu ʿaleykom wa-raḥmatullāh As-salāmu ʿaleykom wa-raḥmatullāh

Quelques recommandations importantes :

  • Selon l’école hanafite, il est fortement recommandé, tant pour les hommes que pourles femmes de se couvrir la tête pendant la prière. En effet, la salât est un temps de consécration où l’on tend vers notre Seigneur. On se couvre la tête lorsque l’on souhaite se protéger de quelque chose. Ici, il ne s’agit pas de se protéger de Lui, évidemment, mais de marquer Sa présence. C’est comme marquer la présence de quelque chose au-dessus de nous, et donc marquer notre rang, important, créature spécifique parmi les vivants, créatures parmi les autres néanmoins. Mais se couvrir la tête n’est pas une obligation, juste un conseil appuyé. `
  • Les lectures à voix haute (jahr) ou à voix basse (sirr) : la prière du Fajr (l’aube), et les deux premiers cycles (rak’at) de la prière du maghrib et du icha doivent se faire à voix haute. Le reste à voix basse. On définit la voix haute dans le hanafisme, à partir du moment où notre voix porte à équivalent de quelques rangées (pour les malikites, c’est lorsque l’on s’entend soi-même). Autrement dit, si vous vous entendez réciter pendant une prière « secrète » (sirr), il n’y a pas de souci. Pour les prières surérogatoires, il n’y a pas de règles. Vous faites comme vous l’entendez.Une des explications de cette diversité, voix haute, voix basse, viendrait du fait que les prières à voix haute, sont censées avoir lieu à des moments de relative obscurité. Soit l’aube (fajr), le soleil n’est pas encore là, même s’il arrive, soit le crépuscule (maghrib), soit il fait nuit noire (icha). Or, réciter à voix haute est une manière de remplir l’espace de la présence du message de Dieu à un moment de fragilité (surtout si l’on ramène cela à une époque où l’éclairage public n’était pas le nôtre).
  • Dernière recommandation et non des moindres, il est préférable de dire la basmala avant de réciter des sourates ou des versets, à chaque cycle de prière. La formulation est intégrée au Coran, et nous lisons tous avant chaque sourate (à l’exception de la 9e) « par le nom de Dieu Le Clément, Miséricordieux »/bismillah ar-rahman ar-rahim. Inversement, prononcer le « amin » après la Fatiha n’est en rien une obligation, et ce terme est absent du Texte.Wa Allahu a’lam (Dieu sait le mieux)

Annexe 1 


Les animaux sont-ils au service de l’Homme ?

La présente analyse fait suite à la vidéo live que j’ai eu le plaisir d’animer avec Omero Marongiu-Perria sur le groupe Facebook« Le Débat Continu ».

La question, éminemment intéressante, permet de réévaluer la place de l’Homme sur Terre. Le monde animal, quant à lui, dispose d’une place toute aussi incertaine que je vais tenter d’expliciter par l’entreprise des sources musulmanes.

(image D.R)

Félin dessiné sous forme calligraphique arabe

Il est en effet de coutume de penser que l’islam intègre le règne animal dans le but unique de servir l’être humain qui lui est supérieur tant au niveau de l’intelligence que de la conscience. C’est en effet le cas dans le sunnisme traditionnel (que j’appellerais tradition) qui réduit l’animal à de la nourriture, un moyen de transport ou un vêtement. Ce n’est d’ailleurs pas le cas du seul sunnisme, une très grande partie de la population mondiale se reconnait, peu ou prou, dans cette vision.

Un ouvrage très documenté de Pierre LORY (La dignité de l’Homme, face aux anges, aux animaux et aux djinns, Albin Michel, Février 2018) nous expose un angle de vue islamique presque jamais analysé dans la littérature contemporaine. L’islamologue spécialisé en mystique musulmane réanalyse la problématique en citant principalement des sources tant sunnites traditionnelles, que mutazilite ou mystique.

Coran

Tout d’abord, rappelons que le coran ne dispose pas moins de 6 sourates à consonance animale : vache, bestiaux, abeille, fourmi, araignée et éléphant. Celles-ci ne parlent pas spécifiquement du règne animal. Il y a d’ailleurs évocation de ces derniers indistinctement dans le coran. Il est d’ailleurs curieux de constater que la tradition prend spécifiquement un verset pour justifier la réduction du monde animal :

« Sourate 22 (le pèlerinage), verset 65

N’as-tu pas vu qu’Allah vous a assujetti ce qui est sur la terre ainsi que le vaisseau qui vogue à travers la mer par Son ordre ? »

Néanmoins, les versets qui parlent des animaux sont légion et bien plus subtils que ce que laisse entendre ce seul verset.

Le corbeau et le chien

A titre d’exemple, deux animaux ont eu une mission spécifique qui tranche avec leur supposée manque de conscience.

Tout d’abord, le cas du corbeau, cité au verset 31 de la sourate 5. Celui-ci a été envoyé par Dieu pour apprendre à Caïn (Qabīl) comment enterrer son frère assassiné. Sa fonction fait figure d’enseignement à l’Homme qui débute sa longue mission sur Terre.

Ensuite, le cas du chien des Gens de la Caverne est plus intéressant à analyser. L’histoire de la Caverne, décrite dans la sourate éponyme, parle d’un groupe de croyants pieux ayant échappés à un dirigeant tyrannique pour se réfugier dans une caverne et y dormir quelques temps.

Le chien ici a un rôle de gardien, protégeant ainsi les Dormants de toute attaque. Comment cet animal peut-il avoir telle fonction, lui qui est foncièrement impur et qui éloignerait tout ange tant qu’il investit une demeure ? La traditionest unanime pour affirmer le caractère impur et malsain des canidés. Al-Boukhārī, dans ses hadiths 5480 et 5482 rapporte ceci :

« Celui qui possède un chien, à moins qu’il soit réservé à la chasse, à la garde du troupeau ou des terres, voit sa récompense [note : au jugement dernier] diminuer chaque jour d’un qirāt.»

[Note : Le qirāt est une unité de masse arabe, d’où viendrait probablement le « carat ». Cela correspondrait à la masse d’une graine de caroubier.]

Comment concilier cette sourate avec toute la tradition qui se résume dans le hadith en supra ? Certains exégètes vont même jusqu’à nier qu’il s’agissait d’un chien : « kalb » serait alors un prénom humain ! Tout ceci laisse à penser les exégètes sont gênés à l’idée de la présence d’un chien dans un récit aussi sacré. Quoi qu’il en soit, Fakhr ad-Dīn ar-Rāzī (m. 1210) et Qurtubī (m. 1273) citent Ka’b al-Ahbār (m. 652), selon lequel le chien aurait dit : « Que me voulez-vous donc ? Ne craignez rien de ma part. J’aime les aimés de Dieu. Dormez, afin que je monte la garde pour vous ! ».

La tradition va finalement opter pour une figure d’exception, exception qui confirme bien entendu la règle. On peut aussi ajouter la théorie du « takwin », ces animaux ayant été téléguidés par Dieu afin d’assurer une mission spécifique.

« Don » de la parole

L’eschatologie musulmane, principalement composée de hadith, affirme que le règne animal connaitra un profond changement à la fin des temps. Les prédateurs côtoieront leurs habituelles proies sans volonté de les manger. De plus, un hadith rapporté par Anas indique que les animaux parleront aux Hommes.

Tout ceci nous apprend qu’il y aura un éveil de ces animaux, on ne prend pas alors de risque pour affirmer que ceux-ci seront alors dotés de raison.

Cependant, cette vision pose forcément problème tant elle s’oppose aux préceptes de base de la tradition. En effet, un « consensus » voudrait que les seuls responsables devant Dieu (mukallafūn) soient les djinns, les hommes ainsi que les anges. Les oiseaux du temps de Salomon avaient aussi la faculté de parler, est-ce une preuve de raison ? Rāzī (m. 1210) affirme que ces oiseaux avaient l’intelligence d’un enfant, ce qui retirerait à ces animaux la faculté d’être responsables.

De plus, la parole comprise par l’Homme ne peut pas constituer une conscience. Qurtubī (m. 1273), arrive quant à lui à la conclusion que l’animal a conscience d’être créé et que Dieu est unique, mais que l’être humain ne peut pas comprendre le langage qui est propre à eux.

Communautés religieuses

Un verset peu cité expose ceci :

Sourate 6 (les bestiaux), verset 38

« Aucune bête sur terre, ni oiseau volant de ses deux ailes, qui ne constitue des matries [Note : communautés religieuses. Le terme « oumma » est cité ici] semblables aux vôtres. »

Les animaux constitueraient des oumma ? Jusqu’ici, tout va bien et rien ne pourrait choquer les oulémas. C’est sans compter sur sa possible combinaison avec le verset 24 de la sourate 35 (différenciateur) :

« Vraiment, c’est Nous qui t’avons envoyé par la Vérité comme annonciateur et avertisseur. Or, aucune matrie [Note : communautés religieuses. Le terme « oumma » est également cité ici] n’a passé sans avoir eu un avertisseur en son sein ».

Ici, le problème est bien plus épineux. Les animaux auraient-ils des annonciateurs et messagers parmi eux ? Ceci ne peut se concevoir du point de vue de la tradition. En effet, ce qui a besoin d’un annonciateur est doté d’une conscience théologique. Or, les animaux ont toujours été exclus de cette équation. Ce paradoxe n’a jamais vraiment été traité par les théologiens.

Paradis et enfer

A noter que Dieu indique dans le même verset 38 de la sourate 6 qu’il y a résurrection pour les animaux, et ce sans préciser ce qu’il adviendra par la suite :

« Nous n’avons omis aucune chose dans l’Ecriture. Puis-ils seront réunis auprès du Seigneur. »

Tout d’abord, la plupart des théologiens affirment que les animaux ne sont dotés que par une âme vitale (nafs) et ne sont donc pas dotés du rūḥ (esprit), qui lui est propre à l’Homme. Ceux-ci affirment également que les animaux redeviendront poussière après la résurrection, à l’image de Muqātil (m. 767) qui popularisera cette position. Des hadiths viennent aussi appuyer cette version.

La tradition écrite (hadith) regorge pourtant d’exemples d’animaux présents tant au paradis qu’en enfer. Certains ont évacué le premier problème en indiquant que ces animaux sont nés dans ces contrées paradisiaques et sont présents uniquement pour servir l’Homme. On réutilise l’argument premier de la supériorité hiérarchique des bipèdes imberbes.

Les mu’tazilites émettent une position originale : Dieu ressuscitera les animaux qui ont souffert pour leur offrir une compensation ; puis les fera vivre au Paradis si bon lui semble, ou bien les fera mourir. Dieu ne pouvant en aucun cas contredire sa propre justice et laisser pour compte les êtres qui sont souffert sur Terre.

Cette position qui contredit fortement la vision acharite de Rāzī (m. 1210) et Qushayrī (m. 1074) qui affirment que la règle de la Justice divine ne s’impose pas à Dieu.

Nazzām (m. entre 835 et 845), célèbre mu’tazilite, indique que tous les animaux iraient au Paradis, car que pourrait-on reprocher comme transgression aux animaux ? Par cette assertion, on comprend dès lors qu’il assimile la théorie des animaux semblables aux enfants tout en allant au bout du raisonnement.

Le cadi Abd al-Jabbār (m. 1025) précise que la souffrance imposée par Dieu a un but, un sens, sinon elle serait une absurdité. Dieu a imposé la Loi aux hommes pour donner une récompense à qui suivra cette Loi. Pour cela, l’Homme doit être responsable de ses actes (mukallaf). Les fous, les enfants ainsi que les animaux forment une autre catégorie qui eux recevront une compensation du mal subi.

Al-Jāhiz (m. 867), autre théologien mu’tazilite, fait écho d’une position courante que les animaux féroces, nuisibles ou prédateurs, ne souffriraient pas en enfer mais laisseraient libre court à leur nature en faisant souffrir les damnés. Néanmoins, le cas est plus insoluble reste quand même la présence d’animaux en enfer, et ce tel que l’affirment nombre de hadith. Comment des animaux peuvent vivre dans un lieu si laid s’ils ne sont pas responsables devant Dieu (mukallafūn) ?

Destin croisé ?

La question s’est posée plus d’une fois tellement les textes entrecroisent le devenir des deux catégories. Dieu a puni les êtres vivants lors du Déluge, et ce par la seule faute des hommes. Les différentes races d’animaux ont été certes sauvés par l’Arche de Noé, mais la souffrance qu’ils ont dû subir est bien de la faute des seuls hommes. Paradoxe ultime si on estime que les animaux disposent d’une conscience théologique.

On peut l’expliquer d’une certaine manière, et ce comme le préconise Omero Marongiu-Perria dans la vidéo citée en tout début de texte :

« Les actions des êtres humains ont une conséquence dans le monde, à la différence des autres éléments de la création. L’être humain a accepté de prendre le dépôt, ce qu’ont refusés les autres éléments de la création qui ont vu les conséquences de cet acte. »

Et l’Homme dans tout cela ?

L’Homme est considéré, par un large consensus, comme unique dans la création. Il dispose du dépôt et est le « khalif » de Dieu (successeur, vicaire ou lieutenant) sur Terre :

Sourate 2 (la vache), verset 30 :

Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges: « Je vais établir sur la terre un vicaire » ».

Par la suite, les anges émettent une remarque :

« Ils dirent : « Vas-Tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier ? » – Il dit : « En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas !». »

Ce verset indique sans équivoque que l’Homme dispose d’une fonction spécifique sur Terre, bien que nous ignorions réellement celle des animaux et autres éléments de la création. Par ce dépôt, la responsabilité de l’avenir de la Terre dépend clairement des hommes. Le réchauffement climatique est du fait de l’Homme, la déforestation l’est aussi, ainsi que l’extermination de certaines espèces animales et végétales.

Un fait est indéniable : plus l’être humain se multiplie, plus nous sentons son impact sur Terre. A titre d’exemple, la simple fête de l’Aïd al-Adha fait mourir un nombre très important de bêtes, et ce sans oublier l’impact sans précédent sur l’écologie : les cargos transportant des centaines de milliers de bêtes au même moment. Au-delà cette question spécifique, la surconsommation de viande fait poser le même problème.

Nous devons revoir notre relation au monde animal par l’entremise de cette responsabilité et non s’attacher de manière passionnée et irraisonnée aux traditions qui reflètent une autre réalité, celle ou l’Homme n’était pas aussi important sur Terre.

 

 

 

 

Retour sur les enseignements du ʿAïd al-aḍḥā

Lā ilāha illā Allah, Muḥammad rasūl Allah, Il n’y a de Dieu que Dieu, Muhammad messager de Dieu (D. R.)

Comme chaque année nous avons fêté dimanche 11 août dernier, l’ʿAïd al-aḍḥā « la fête du sacrifice ». Cette fête, est avec celle qui clôture le mois de jeûne de ramadan, l’ʿAïd al-fitr « la fête du ”manger” », l’une des fêtes majeures de l’islam. Comme chacun sait, les croyants sacrifient un mouton en mémoire de la geste d’Abraham telle que rapportée dans les récits biblique et coranique. Dans cette geste, Abraham était sur le point d’égorger son fils pour honorer Dieu. Mais un ange vint lui livrer un mouton pour le substituer au fils promis en holocauste. Ainsi, chaque année, un nombre important de musulmans commémore cet épisode de la prophétie, dont le principal enseignement pour la plupart d’entre eux, relève de l’obéissance absolue d’Abraham envers son Seigneur….Et pourtant, une relecture du récit coranique invite à une compréhension plus nuancée du texte, et donc, déduit une sagesse différente de celle généralement admise.

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L’art de savoir quand commence (et prend fin) le mois béni de ramadan

Photo : D.R.

La période du ramadan est toujours un moment quelque peu houleux au sein des musulmans de France. Les organisations officielles s’opposent généralement pour savoir quand le mois béni commence et quand il finit. Nouvelle dans le paysage islamique de France, la Mosquée Fatima se doit d’avoir son idée sur cette question  Il s’agit de connaître l’avis de la Mosquée Fatima, en tant qu’organisation musulmane, sur la méthode de fixation du début du noble mois de ramadan.

La mosquée Fatima est une organisation religieuse musulmane porteuse d’un discours reposant sur deux valeurs fondamentales : la rationalité et la spiritualité, qui sont au cœur du message coranique, et donc au cœur de l’islam. Même si elle est porteuse de recommandations et de pratiques, c’est la responsabilité des fidèles qui est la règle absolue. Autrement dit, tout acte doit trouver sa raison d’être dans la volonté libre de celui ou celle qui l’accomplit. En cela, la Mosquée Fatima peut être rattachée au courant religieux dit libéral.

Cela étant posé, se pose la question de savoir comment pensons-nous la question de la détermination du début du mois de ramadan. Pour ce faire, il faut commencer par revenir au texte fondateur, le Coran. Nous n’allons pas nous intéresser au jeûne en tant que tel dans cette réflexion, mais uniquement sur la détermination du mois de ramadan. Ainsi, au verset 185 de la sourate 2 (al-Baqara/la Vache, traduction de Jacques Berque légèrement modifiée par nos soins) :

« Le mois de ramadan est celui durant lequel a été descendu le Coran, en tant que guidance pour les hommes et que preuves ressortissant de la guidance et de la démarcation (entre le bien et le mal). Quiconque parmi vous sera témoin de la naissance de ce mois, le jeûnera. A qui serait malade, ou se trouverait en voyage, incombe un même nombre de jours pris ailleurs. Dieu n’exige de vous que l’aisé (yosr), Il n’exige pas de vous le malaisé (ʿosr).A vous de parfaire le nombre imparti, en glorifiant Dieu de Sa guidance…- peut-être Lui en aurez-vous gratitude ».

Ce passage coranique est fondamental, c’est celui qui consacre le mois de ramadan comme mois de jeûne. Donc, il faut jeûner pendant ce mois à partir du moment où l’on a constaté qu’il avait commencé. Les mois du calendrier hégirien sont lunaires. A la nouvelle lune (un croissant de lune naissant pour être précis) on déclare le mois commencé. La question épineuse est de savoir comment savoir que le nouveau mois commence. Jusque là, la méthode utilisée était celle de la vue (ru’ya).Il suffisait qu’une personne de confiance informe les autorités religieuses d’avoir aperçu le nouveau croissant pour que le mois soit déclaré « commencé. » En cas de mauvais temps, la visibilité n’est pas de mise. Alors, on reporte le début du mois au jour d’après. Car un mois lunaire n’excède pas 30 jours. C’est pourquoi, c’est au 29jour de shaʿbān que les religieux se réunissent pour observer la lune ou attendre qu’une personne de confiance l’ait fait.

La préférence méthodologique de la Mosquée Fatima

En ce qui nous concerne, nous estimons que cette manière de faire est aujourd’hui problématique. Car non seulement, nous avons les moyens de savoir à l’avance le cycle lunaire, et nous sommes capables de fixer les dates de début et de fin du mois de ramadan, et ce longtemps à l’avance et depuis longtemps. Or ne pas le faire, est source de « malaise » (ʿosr), ce que Dieu ne nous veut pas selon le verset cité plus haut. Au contraire, Dieu nous veut ce qui est aisé (yosr). Nombre de croyants ont des difficultés aujourd’hui pour s’organiser avec leurs employeurs quant à la date des fêtes islamiques (al-fitr, et al-Adḥā), l’usage veut que les employés puissent prendre leurs journées en accord avec leurs patrons en prévoyant à l’avance, de manière à ne pas mettre les entreprises en difficulté. C’est en somme une question de respect de deux principes islamiques éthiques fondamentaux : l’usage (ʿorf), et du savoir vivre (ādāb). Or, comment prévoir à l’avance si on ne peut être au courant que la veille ou l’avant-veille. Des gens aimeraient prendre une partie de leurs vacances durant cette période, mais doivent choisir des dates au « pifomètre », ce qui peut parfois provoquer de véritables frustrations spirituelles, comme lorsque vous vous êtes débrouillés pour reprendre votre activité le jour même de l’aïd al-fitr par exemple. Mais ce problème est envisageable avec les autres occasions de célébration religieuse (comme l’aïd al-Adḥā déjà évoqué, et à une moindre échelle, les jours de jeûnes de ʿAshūrā, du Mawlid…).

Or, le calcul astronomique permettrait de connaître à l’avance les dates de début et de fin du mois de ramadan (cette année 1440/2019, le début est fixé pour le 6 mai et la fin pour le 4 juin), c’est pourquoi nous adoptons cette méthode de calcul et la soutenons. Un certain nombre de versets coranique nous permettent de savoir que le calcul, et la détermination à l’avance du mouvement des astres, sont des dispositions auxquelles nous pouvons (devons ?) avoir recours. Ainsi :

« Le soleil et la lune évoluent selon un calcul minutieux » (55, 5) ;

« Fendeur de l’aube, Il a fait de la nuit une phase de repos; Le soleil et la lune pour mesurer le temps avec exactitude. Voilà l’ordre précis conçu par le Puissant, l’Omniscient. » (6,96) ;

« C’est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases avec exactitude afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). Dieu n’a créé cela qu’en toute vérité. Il expose les signes pour les gens doués de savoir. » (10,5) ;

« Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes – Dis : “ Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le pèlerinage“ » (2, 189) ;

« Et la lune, Nous lui avons déterminé des phases jusqu’à ce qu’elle devienne comme la palme vieillie. Le soleil ne peut rattraper la lune, ni la nuit devancer le jour; et chacun vogue dans une orbite » (36, 39-40) ».

Enfin, nous appelons nos sœurs et frères musulmans, en vertu des deux versets suivants, à se référer au Coran en se basant sur la raison : « Nous leur avons, certes, apporté un Livre que Nous avons détaillé, en toute connaissance, à titre de guide et de miséricorde pour les gens qui croient » (7, 52) et « En effet, Nous avons rendu le Coran accessible pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (54, 17).

Nous vous souhaitons à toutes et à tous, ainsi qu’à nous-mêmes, un excellent mois d’effort, en jeûne, abstinences, méditations, prières et invocations. Le mois de ramadan n’est pas le mois du gâchis alimentaire, ni des nerfs à vif, c’est le mois où l’on doit se rappeler des valeurs fondamentales de l’islam, de l’ouverture aux autres, de la solidarité, du partage, et de la patience. C’est le mois durant lequel les corps doivent se restreindre pour permettre aux âmes et à la vie spirituelle de prendre un surplus de place et de réalité au quotidien.

Et Dieu sait le mieux/Wa Allahu aʿlam

Texte basé sur un article publié initialement sur le site de l’association Parle moi d’islam (http://www.parlemoidislam.com/la-lune-dans-le-coran/), revu et corrigé avec l’autorisation des auteurs, par et pour l’organisation religieuse la Mosquée Fatima. Texte aussi soutenu par l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite.

Hommage aux Dupont et Dupond de la recherche

Le vendredi 1er février, deux « chercheurs » du CNRS, Sylvie Taussig et Karim Ifrak, ont cru bon de publier un article sur les deux projets de mosquées dites progressistes, libérales, ou inclusives, actuellement à l’étude dans la région parisienne.

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De la mixité et de l’imamat féminin

Au vu des débats actuels, il est bon d’avoir un éclairage sur la question de l’imamat féminin. Quels sont les arguments pour et les arguments contre ? Voici une tentative de présentation générale, mais nous l’espérons, riche d’informations.

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Le Projet de la Mosquée Fatima

As salāmu aleykom

Nous vous souhaitons à tous un joyeux Mawlid nabawi 1440.

Salle de prière de la mosquée Fatih à Istanbul en Turquie (photo: D.R.)

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Fatwa, imam, fiqh, ses armes d’abêtissement massif !

Il suffit d’une fatwa pour ordonner la mort, une seule fatwa pour mettre une vie en danger et plus grave encore, une seule fatwa pour assassiner la raison et l’intelligence !

La fatwa devient alors la porte qui sépare l’humain de l’inhumain, sa clé est détenue par de prétentieux oulémas hissés au rang de savants tels des bergers qui mènent des troupeaux d’ignares qui suivent à la lettre ce qu’ordonnent le maître.

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Devoir, pouvoir et rapport à l’interdit

Ce à quoi on ne s’attend pas quand on se convertit, c’est de la rapidité et de la fréquence à laquelle on vous parle de ce qui est obligatoire et de ce qui est interdit. « Tu ne dois pas manger de porc », « tu ne dois pas montrer ton corps », « tu dois porter le voile », « tu ne dois pas boire d’alcool », « tu ne dois pas danser », « tu ne dois pas écouter de musique »…

Cela tombe sur vous comme une chape de plomb et vous vous demandez si vous cédez sous la pression ou si vous vous sauvez à toutes jambes. A moins qu’il n’y ait une troisième voie…

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Qu’est-ce que pratiquer l’islam ?

On a souvent l’habitude de classer les croyant(e)s en deux catégories : « pratiquant(e)s ou non pratiquant(e)s ». Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? Qu’est-ce qu’une pratique spirituelle ? Toute pratique spirituelle est-elle un rite ? Que sont les rites en islam et recouvrent-ils toutes les pratiques spirituelles que proposent le Coran et la Sunna ?

Parlons d’abord des rites, qui ne sont pour moi qu’une forme parmi d’autres de pratique spirituelle. Le rite a des vertus et peut provoquer certains états spirituels mais il peut aussi faire référence au « ritualisme » et évoquer une conduite mécanique, stéréotypée dont le sens a été oublié.

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