Mutazilisme

Association pour la renaissance de l'islam mutazilite (ARIM)

Catégorie : Art et culture

La porte fermée

On raconte plein d’histoires sur la porte de la vallée des chauves-souris, depuis longtemps fermée. C’est une porte monumentale en bronze forgé, perchée sur la vallée et que personne ne sait ce qu’elle cache. Certains racontent qu’elle est hantée par des esprits maléfiques, d’autres racontent que c’est le bi cornu « Dhû-l-Qarnayn » lui-même qui l’a forgée pour faire barrage à Gog et Magog ce peuple qui sortira à la fin des temps pour anéantir l’humanité. Plein d’autres histoires toutes aussi bizarres les unes que les autres, et la disparition de plusieurs de ceux qui ont tenté de l’ouvrir ou de s’y introduire confirment bien les superstitions autour de cette porte.

Dans le village de Khabi’â qui veut dire cachée et qui bien protégée par les montagnes là où aucune route ne passe, ni aucun voyageur, ses habitants vivent de l’élevage et de quelques cultures. Dans le village, personne ne s’approche de la porte ni même de la vallée des chauves-souris, on transmettait cette méfiance de génération en génération et chacune d’elle rajoute des affabulations, les vieilles racontent pleins d’anecdotes sur la porte et on menaçait même les petits, quand ils faisaient des bêtises, de les envoyer à la vallée des chauves-souris , pour les attacher à la porte maudite.

De loin, on aperçoit la porte, imposante et majestueuse, qu’est-ce qu’y a derrière ? que Cache cette porte ? Personne ne le sait dans le village et surtout personne ne veut savoir, on détourne les yeux de cette région et on évite de s’y aventurer ni par le regard ni même par l’imagination, on se contente de ce que les anciens ont raconté. La superstition a fait son effet et a enveloppé la porte de plusieurs couches d’ignorance et de méfiance.

 

« quand la connaissance devient un lourd fardeau, l’ignorance devient un confort »

 

Sur la route entre la ville de Jari’â (audacieuse) et la ville de Mâarifa (connaissance), Fahmane (celui qui comprend) chemine tout seul, il a pris l’habitude de voyager tout seul et n’apprécie plus la compagnie des voyageurs trop méfiants avec leurs histoires farfelues sur les dangers de la route, les brigands et surtout les monstres imaginaires. Fahmane pense qu’on devrait ressentir les effets positifs du voyage, apprécier la rencontre avec les autres cultures, profiter de la cohabitation avec l’autre qui est différent et surtout prendre le temps de méditer sur les différents paysages qu’offre la route. Et pour mieux profiter du calme et ne pas perdre son temps avec les bavardages inutiles, il préfère voyager seul sinon à la queue de la caravane. Fahmane se pose souvent des questions et se fie à sa raison plus que tout et aussi à son cœur quand la raison ne lui souffle pas de réponse convenable.

En ce jour bien ensoleillé, Fahmane s’est laissé distancer par la caravane, il chemine seul pour mieux méditer et laisser voguer son esprit, il a osé sortir ses sentiers battus et dévier sa route pour aller à la découverte de l’inconnu. Plusieurs jours sans rencontrer ni ses compagnons de caravane ni aucune âme qui vive, il s’enfonce dans une zone montagneuse, … Il aperçoit de loin une grande porte !

Arrivé à la ville de Khabi’â un peu avant l’aube, il a frappé à la première porte et s’est évanoui d’épuisement. Au petit matin, toute la ville s’est réunie autour de ce voyageur égaré, ça faisait trop longtemps que les gens de la ville n’avaient pas vu un étranger, cloîtrés entre eux dans cet espace confiné entre les montages, ils parlaient tous la même langue, la langue de la région avec le petit accent des montagnards. A peine réveillé, les questions fusent, on demanda à Fahmane, d’où il venait, quel était son nom, quel chemin il avait pris, s’était-il égaré ou venait-il visiter leur ville ?? Fahmane répondait à chacune des questions avec des explications supplémentaires, il avait compris que ses gens ont été longtemps coupés du monde extérieur et n’avaient aucune connaissance de ce qui se passait ailleurs que dans leur ville et ses alentours.

Après quelques jours d’exploration, Fahmane demande au sujet de la grande porte ! les habitants lui ont expliqué qu’elle était maudite, et que dans cette vallée ou vivent des chauves-souris, personne ne devrait s’y aventurer au risque de disparaître ou d’être happé par des djinns maléfiques. Fahmane cherche alors des explications plus raisonnables mais aucune des histoires ne l’a convaincu, il décide alors d’aller voir de lui-même et d’explorer les lieux.

– Tu n’as pas peur Fahmane ?

– La peur est à la frontière de la raison, après cette frontière, le minuscule insecte deviendra un énorme monstre sanguinaire. La peur, mes amis, est un amplificateur des superstitions et des histoire farfelues.

– Et tu n’as pas peur de mourir ?

– Qu’est-ce que la mort si ce n’est le sel de la vie, sans la mort la vie n’aura pas de goût, et à la fin personne n’y échappera, à quoi bon avoir peur !

– Que Dieu te protège, Fahmane l’audacieux !

 

« La mort est le sel de la vie, sans la mort la vie n’aura pas de goût »

 

 

Arrivé au pied de la vallée des chauves-souris, Fahmane escalade la paroi et arrive enfin devant la gigantesque porte en bronze forgé !

C’est ça la fameuse porte qui hante les habitants de Khabi’â ? Fahmane inspecte la porte et remarque que les charnières sont usées et ne tiennent plus, d’un coup d’épaule elle s’effondre laissant apparaître une sorte de tunnel. A l’entrée de ce tunnel est écrit : « C’est le chemin vers Mâarifa, il ne le passera que l’audacieux doué de raison »

Et depuis le passage de Fahmane à la ville de Khabi’â, les gens commencent à s’aventurer dans la vallée des chauves-souris et quelques ’uns ont même osé traverser le tunnel vers Mâarifa et sont revenus pour éduquer et apprendre aux autres ce qu’ils ont appris. Les histoires farfelues sont redevenues des contes et la raison a réussi à déchirer les voiles de l’ignorance.

Quelques siècles après, …

Ô que je souhaite que ma communauté déchire enfin les voiles de l’ignorance et ouvre enfin la porte que les anciens ont fermé !

« Celui d’entre vous qui voit un mal qu’il le change ! »

Voici une petite fiction intéressante pensée et écrite par Sofiane. Une invitation à la méditation…

Il faisait chaud en cette journée du Ramadan, le souk est grouillant des va et vient des acheteurs et rempli de cris des vendeurs aux visages ternes et fatigués par la faim et la soif.

Sheddad (شدّاد) l’étudiant du fiqh effectuait sa tournée de l’après-midi, on l’appelait ainsi, depuis qu’il était étudiant pendant un temps chez un faqih. C’est chez lui qu’il a appris le fiqh et surtout comment l’appliquer, il guettait tout et n’hésite pas à user de son gourdin qu’il transportait partout dans ses tournées d’inspection à la recherche du moindre écart ou manquement aux rites. Il répétait sans cesse un hadith rapporté du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) « Celui d’entre vous qui voit un mal qu’il le change par sa main. S’il ne peut pas alors par sa langue et s’il ne peut pas alors avec son cœur et ceci est le niveau le plus faible de la foi », Shedad préfère user de sa main et son gourdin, il veut montrer que sa foi est forte.

Dans une allée du marché, là où les vendeurs de sirops proposaient leurs breuvages alléchants, Attar (عطّار) le vendeur de parfum récemment installé dans la ville, négociait le prix d’un pot de sirops de fruit, il prit le pot et sirotant une bonne gorgée. Sheddad qui n’était pas loin derrière, lui a crié « Hé toi l’hérétique, tu oses boire durant le Ramadan ? », et tout de suite un attroupement s’est constitué autour d’Attar, des coups, des cris et des crachas pleuvent sur le pauvre Attar. Mangeur de Ramadan, Fatir (déjeuneur), mécréant (kafir) lui criait la foule. Il y avait, en ses instants, une violence soudaine et ravageuse comme un volcan qui bouillonnait depuis des siècles et qui entre soudainement en éruption, comme-si la soif, la faim et la fatigue de tous les gens de la ville s’est concentrée en une boule de violence contenue et qui s’est abattue sur le coupable désigné. La dernière chose qu’Attar a aperçue était le gourdin de Shedad s’abattant sur lui avant de sombrer dans l’inconscience à moitié mort.

Le cadi Abu Fahmane (أبوفهمان) assis en tailleur lisait le livre d’Abu Nasr Mohamed Al Farabi « les avis des gens de la cité vertueuse ». Il était nommé cadi de la ville depuis trois ans, c’est un cadi ouvert d’esprit et fin connaisseur du fiqh des quatre écoles, il s’intéresse aussi à la philosophie, à Al Mantiq (la logique) et d’autres sciences profanes.

Le bruit de la foule dehors lui parvient aux oreilles, il range précipitamment son livre, dans cette ville les livres de philosophie ne sont pas les bienvenus et un cadi qui s’adonne à cette science risque de se voir réprimé par le sultan ou le wali (gouverneur) de la ville. Arrivés devant la demeure du cadi qui est aussi le tribunal de la ville (Dar al qadha’a), la foule s’immobilisa à sa tête Sheddad gourdin à la main, les cris et les insultes s’élèvent en direction de Attar porté par deux hommes qui le tiennent par les épaules. L’arrivée du cadi impose le silence, Sheddad s’avance et s’incline pour saluer le cadi et explique qu’il a vu de ses propres yeux le monsieur boire un sirop de fruit en plein journée du Ramadan. Le cadi demande à des serviteurs d’emmener Attar à l’intérieur et ordonne à la foule de partir, Sheddad n’avait pas l’air de vouloir partir et demande de juger sur-le-champ le mécréant Attar.

Le cadi déclare alors que le jugement s’effectuera quand le pauvre homme se tiendra sur ses deux pieds et pas avant, il ordonne à ses gardes d’installer Attar dans une chambre et fait appeler le médecin.

Le jour du jugement, la foule est revenue et Sheddad, son gourdin accroché à sa ceinture, est là.

Le Cadi commence par demander le premier témoin, Sheddad, et lui demande de raconter ce qui s’est passé ?

– J’ai vu ce mécréant boire un jus en pleine journée de Ramadan, et je l’ai donc arrêté !

– Et ensuite ?

– Je l’ai frappé de mon gourdin, pour le punir.

– Et pourquoi tu l’as frappé ?

– Je n’ai fait qu’appliquer le hadith de notre prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) « Celui d’entre vous qui voit un mal qu’il le change par sa … ! »

Le Cadi l’arrête et lui demande, et tu as changé quoi ?

Sheddad se montre confus, et dit que boire pendant le jeûne du Ramadan est une transgression grave et mérite châtiment.

Le cadi explique alors, à Sheddad que la décision de punir ne lui appartient pas, et qu’il a mal agi et que ce qu’il a fait mérite punition.

Le cadi appelle ensuite Attar et lui demande pourquoi il a bu hier après-midi en pleine journée du Ramadan ?

– J’avais soif et j’ai acheté un sirop de fruit pour boire !

– tu ne fais pas le Ramadan ?

– Je suis chrétien, répond Attar

Le cadi s’excuse auprès d’Attar, et lui attribue dix pièces d’or en guise de réparation, et il prononce une amande de vingt dinars que Sheddad devra verser à Attar et vingt coups de fouets en public à l’encontre de Sheddad.

Deux semaines plus-tard, Attar fu assassiné, le cadi démis de ses fonctions et envoyé en exil. Sheddad triomphe et la foule avec lui, ils vécurent dans la misère et l’ignorance pendant des siècles et des siècles !

Les maths ? Un signe divin

Pi et la connaissance du divin (création originale de l’ARIM)

En tant que non arabophone de naissance et aussi en tant que musulman perpétuellement attentif à m’orienter vers la Face de Dieu (hanif), loin de tout anthropomorphisme, je vois dans le tout et dans ses parties un ensemble insondable de théophanies.

Dès lors, tout devient source d’émerveillement

Les mathématiques nous enseignent que l’on peut regrouper les nombres selon différents ensembles.

Les ensembles évidents

Il y a des ensembles évidents tels que :

  • Ensemble des nombres entiers noté N: tous les nombres positifs et entiers supérieurs ou égal à 0 (exemples : 0, 1, 2, 3…)
  • Ensemble des nombres entiers relatifs, noté Z: tous les nombres entiers négatifs ou positifs (exemples : …, -2, -1, 0, 1, 2, …)
  • Ensemble des nombres rationnels, noté Q: tous les nombres qui peuvent s’écrire sous forme de fraction (exemples : 1=22, 2=84, 17=342…)
  • Ensemble des nombres réels, noté R: tous les nombres entiers ou décimaux, positifs ou négatifs, rationnels. (exemples : -7.3254, 12.7845213, 879854136.9999999…)

Ainsi, pour les quatre ensembles en exemple ci-dessus, on arrive rapidement à considérer que l’ensemble est inclus dans l’ensemble Z, que l’ensemble est inclus dans l’ensemble et que l’ensemble est inclus dans l’ensemble R.

Les ensembles moins évidents

Il existe également des ensembles moins évidents, et pour certains assez déroutants, tels que :

  • Ensemble des nombres complexes, noté C: il s’agit de l’ensemble complété d’un nombre dit « imaginaire » dont le carré est, contre toute attente, négatif. Concrètement, ce nombre imaginaire est noté i et se comporte tel que i x i = -1. (Le nombre imaginaire est fondamental dans les calculs de nombreux domaines technologiques, notamment en électromagnétique). On comprend ici que l’ensemble est inclus dans l’ensemble C
  • Ensemble des nombres irrationnels, noté Q’: tous les nombres qui ne peuvent pas s’écrire sous la forme de fraction. Cet ensemble est déjà plus difficile à s’imaginer que les précédents. Retenons tout de même qu’il existe des nombres qui ne peuvent pas être le résultat d’une division d’un nombre par un autre nombre et qu’il s’agit de nombres décimaux avec un nombre infini de chiffres derrière la virgule (exemple : ).On comprend ici que l’ensemble Q’ et l’ensemble ne partagent aucun élément
  • Ensemble des nombres transcendants : il s’agit de tous les nombres de l’ensemble Q’ qui ne sont pas le résultat d’une équation polynomiale. Autrement dit, ils ne sont pas retrouvables par le biais d’une équation du même type que : . En tant que sous ensemble de Q’, ces nombres transcendants ne s’écrivent également pas sous la forme d’une fraction. Ces nombres sont moins facilement appréhendables au quotidien. On en dénombre tout de même un, très célèbre : π.

Et le divin dans tout ça ? 

Le symbole π se lit Pi. Il s’agit du nombre ayant pour approximation la plus connue 3.14. Pour autant, 3.14 est une approximation d’un nombre ayant une infinité de chiffre derrière la virgule.

Qui dit infinité dit… infinité. Ainsi, jamais n’importe quelle machine ne saurait atteindre la « fin » de π. Et pourtant, πest une notion aisément manipulable puisque qu’il est indispensable pour calculer le contour d’un cercle de rayon R (2π) ou encore sa surface (πx)

Cette introduction technique et peut être un peu longue pour en venir à Dieu : π est une théophanie. Le nom de l’ensemble auquel πappartient est évocateur (en langue française en tous cas) : transcendant

Parmi les noms de Dieu, dont le sens profond ne m’est pas immédiat, il m’est récemment apparu qu’il en est un qui pourrait qualifier l’ensemble des nombres transcendants : al Qayyoum. La traduction française d’al Qayyoum pourrait être « celui qui s’auto suffit », « l’auto-existant » ou encore « l’immuable ».

Réfléchir sur π est assez vertigineux, un peu de la même manière que réfléchir sur la nature de Dieu. Pour cela, j’aime à penser que π est une offrande faite par Dieu comme un signe (âya) de sa grandeur et comme outil pour affronter le monde en tant que khalif (Coran 2/30).

 

Allahouma zidna 3ilma

« Ô Dieu, rajoute nous plus de savoir »

 

Premier contact

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Affiche du film “Premier contact“

Film américain réalisé par le talentueux canadien Denis Villeneuve, ce long-métrage de science-fiction (SF) est surprenant à plus d’un titre et plutôt bluffant. L’histoire de base est un classique du genre : douze vaisseaux extraterrestres débarquent sur Terre et s’installent à différents endroits répartis sur le globe. A partir de là, les gouvernements qui « bénéficient » de la présence d’un vaisseau sur leurs territoires font tout pour en savoir plus ou même communiquer avec ces « immigrés » d’un nouveau genre.

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La culture comme remède

« Quand j’entends le mot culture, je sors mon pistolet », c’est la phrase qu’un metteur en scène allemand fait dire à l’un de ses personnages, un haut dignitaire nazi, dans une de ses pièces de théâtre.

C’est aussi le sentiment de beaucoup de monde quand il est question de culture, y compris dans le monde musulman, ou dans les communautés musulmanes dispersées en dehors de sa sphère géographique.

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