Bonjour à tous et à toutes. Nous vous souhaitons la bienvenue sur ce site ! En février 2017, nous avons créé l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite (ARIM).

Le mutazilisme désigne une des premières écoles de théologie islamique qui est apparue dès le VIIIe siècle de l’ère chrétienne. Le but était alors d’allier la raison à la foi, c’est-à-dire d’aborder la Révélation à la lumière de la réflexion (fikr) et du discernement (furqân). Les premiers mutazilites s’opposaient au fait de vivre leur foi uniquement par le biais d’une imitation irréfléchie (taqlîd) de pratiques et de dogmes établis à partir d’une approche littéraliste des textes et de l’interprétation des Anciens (dits « pieux prédécesseurs » ou salaf).

Cependant, nous ne souhaitons pas développer un rationalisme excessif qui nous ferait tomber dans un positivisme stérile ne laissant plus aucune place à l’intuition dans notre vie spirituelle. Il s’agit de trouver un juste équilibre qui puisse réunir l’intelligence du cœur et l’intelligence de l’esprit.

L’ARIM se donne ainsi trois objectifs principaux :

Un objectif culturel

Il s’agit de montrer autant aux musulman(e)s qu’aux non-musulman(e)s qu’il existe en islam cette voie alternative pour mener une vie spirituelle raisonnable. Cependant, cette branche de l’interprétation a été marginalisée au cours du temps. Ainsi, aujourd’hui, peu de gens ont entendu parler du mutazilisme. Il est donc nécessaire pour nous de faire connaître au plus grand nombre ce pan entier de l’histoire de la pensée islamique qui est encore très souvent ignoré voire dénigré. Cette association est donc ouverte à toutes celles et ceux qui désirent en savoir plus sur cette autre manière de concevoir l’islam afin de faire contrepoids aux interprétations irrationnelles et dogmatiques actuelles.

Un objectif intellectuel

L’ARIM se donne pour seconde mission de produire un contenu intellectuel crédible qui puisse faire office de nouvelle base pour renouveler l’interprétation des textes en islam. L’exercice de l’ijtihâd (effort d’interprétation) n’est pas selon nous une discipline réservée aux oulémas, les savants de l’islam (imams, théologiens, juristes, etc.). L’interprétation sans cesse renouvelée est au contraire une nécessité pour chaque musulman(e) qui doit pouvoir faire confiance à ses capacités de réflexion et de discernement. Notre objectif est donc d’engager un nouveau travail collectif et individuel d’exégèse des textes de l’islam (Coran, Sunna) à l’aune du XXIe siècle.

Pour cela, nous devons utiliser les nouveaux outils que la modernité a fait émerger. Les disciplines traditionnelles de l’exégèse islamique (théologie, étude des hadiths, droit islamique, etc.) ne sont plus suffisantes. Les sciences humaines et sociales (histoire, anthropologie, sociologie, linguistique, philosophie, etc.) ont permis d’ouvrir de nouvelles portes d’entrée pour aborder le corpus islamique. La méthode historico-critique appliquée par Mohammed Arkoun et ses héritiers est pour nous une base solide pour prolonger ce travail de déconstruction. Elle constitue un outil dont nous pouvons nous emparer afin de tracer de nouveaux chemins et de redéfinir le statut du Coran et de la Sunna.

Un objectif spirituel

Cependant, il ne s’agit ni de nous arrêter à une étude académique et objective de l’islam ni de nous contenter de déconstruire cet héritage. Il est aujourd’hui nécessaire de reconstruire une nouvelle façon d’être musulman(e) en tirant les conséquences de ce travail critique sur notre pratique spirituelle.

L’ARIM offre donc aux musulman(e)s qui se reconnaissent dans cette lecture de l’islam un milieu où chacun(e) peut parler librement de ses expériences et choix spirituels, en dehors de tout jugement ou pression communautaire et loin de tout discours dénigrant ou apologétique sur l’islam.

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Le mutazilisme est pour nous un héritage qu’il faut exploiter et renouveler pour atteindre ce but. Néanmoins, il ne s’agit pas de le faire renaître exactement comme il a été conçu au VIIIe siècle et d’entrer dans une logique d’idéalisation d’un âge d’or passé, période qui a elle-même connu des heures sombres et peu glorieuses que nous ne souhaitons ni reproduire ni cacher. Voici la manière dont nous aimerions l’adapter à notre temps.

Le mutazilisme n’est pas pour nous un contenu de dogmes prêts-à-penser mais une disposition de l’esprit. Le terme arabe qui a donné mutazilisme signifie le fait de « s’abstenir, se retirer, s’écarter ». Nous choisissons de l’interpréter aujourd’hui de manière philosophique. Le fait de s’abstenir renvoie au concept grec de l’épochè (« arrêt, interruption, cessation ») qui désigne la suspension du jugement et l’exercice du doute. Toutefois, il ne s’agit pas de s’empêcher de décider et d’agir définitivement en s’adonnant à la passivité mais de ne pas se laisser emporter par une admiration sans borne pour un discours. Le sage ne doit pas donner son assentiment à un dogme ou à une pratique de façon précipitée, il doit faire preuve de prudence : c’est justement ce que l’on appelle l’esprit critique. Ce discernement permet d’être capable de s’extraire, de se retirer de ses différents conditionnements sociaux, familiaux et culturels pour prendre du recul sur soi-même.

Ainsi, nous sommes attachés à deux principes : aborder les textes, les pratiques et les dogmes de l’islam avec esprit critique et non comme des vérités absolues et inaltérables ; et garantir la liberté de l’individu à décider par lui-même de ce qui est bon ou mauvais pour sa pratique spirituelle.

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Vous trouverez sur cette page le descriptif de nos activités. Si vous êtes intéressé(e) par ce projet, vous pouvez participer par différents moyens :

Ensemble, arrimons la raison à la foi pour vivre l’islam autrement !

Au nom de toute l’équipe de l’ARIM, nous vous remercions pour votre intérêt et votre soutien !