Bonjour à tous & à toutes !

La création de ce site, résulte de la volonté d’informer sur ce qu’est le mutazilisme, mouvement un peu oublié de l’islam. Un sujet aussi vaste, et aussi sensible, mérite qu’on n’y voue au moins un site, si ce n’est plus.

Ici, vous trouverez donc des informations sur ce qui a trait au mutazilisme comme la doctrine ou l’histoire de cette école de pensée, mais aussi une réflexion sur l’avenir du mouvement à travers le néo-mutazilisme.

Le but n’est surtout pas d’obéir à une étiquette mutazilite ou d’imiter servilement d’anciens dogmes passés et encore moins d’imposer le mutazilisme à tous. Vous pouvez dès maintenant consulter cette page pour comprendre notre credo tel que nous le concevons aujourd’hui.

L’objectif est d’initier un mouvement de réflexion, de prise de recul, d’auto-critique et de réforme de l’islam pour confirmer que le pluralisme (à différencier du relativisme) est possible dans cette spiritualité, à condition que chaque groupe s’ouvre aux autres et ne s’impose pas comme seul chemin possible.

Qu’est-ce que le mutazilisme ?

Il s’agit d’une école théologique musulmane qui fut la première constituée dans la mouvance sunnite, juste après l’apparition du courant chiite. C’est au VIIIe siècle que le mouvement apparaît officiellement avec une figure fondatrice nommée Wâsil b. ʿAtâ’.

Muʿtazila veut dire « retirés », « séparés ». De nombreuses versions sur l’origine du nom de l’école existent. Ce terme a d’abord une signification historique. Lors de la fitna (guerre civile), qui constitue la grande scission au sein de l’islam entre les partisans de ʿAlî et de Muʿawîya, des musulmans refusèrent de prendre part aux combats. Ils se « retirèrent » donc de ces luttes.

Ensuite, muʿtazila peut avoir un sens philosophique et spirituel pour le croyant mutazilite. Se retirer revient à se mettre à l’écart, à se sortir de son environnement d’origine pour prendre de la hauteur ou encore prendre du recul. L’attitude du mutazilite est une manière de s’ex-ducere (s’éduquer), de sortir hors de son enfermement pour faire un exercice d’auto-critique et d’ouverture aux autres pour ensuite mieux s’engager dans le monde.

Enfin, nous pourrions aussi dire que l’idée de se séparer ainsi revient à faire sécession avec une manière dogmatique et figée de penser l’islam : les néo-mutazilites sont « ceux qui se séparent », pour prendre du recul avec le monde dans lequel ils évoluent mais aussi pour se séparer de ceux qui estiment que la pensée libre qui doute et questionne ferait glisser dans l’incroyance.

Ainsi, le mutazilisme se caractérise par l’utilisation de la raison. Celle-ci est considérée comme un outil universel de savoir, d’interprétation, et de jugement. La raison peut permettre d’accéder aux vérités révélées par exemple. Par conséquent, Wâsil et ses successeurs utilisèrent la raison pour défendre l’islam contre leurs détracteurs (les traditionnistes, appelés les « partisans du hadith » ou ahl al-hadîth).

Défendant le seul dogme islamique, à savoir le monothéisme absolu (tawhîd), les mutazilites n’ont jamais hésité à pousser la logique de la défense du message coranique jusqu’à son terme. Cela provoqua des incompréhensions et des réactions souvent violentes que nous détaillons sur ce site.

Les erreurs du passé…

Mais nous n’allons pas occulter les erreurs provoquées par le zèle de certains. La Mihna fut la grande bévue du calife al-Ma’mûn (813-833), continuée et soutenue par ses deux successeurs, al-Muʿtasim (833-842) et al-Wâthiq (842-847). Celle-ci coûta chère au mouvement.

« Mais que dire alors d’une situation où le rationalisme se mettrait à exiger que tous se conformassent à ce qu’il demande et serait prêt à régner, au besoin, par la terreur ? Serait-ce une contradiction absolue de voie la raison décider de gagner les esprits et les cœurs par la force ? C’est pourtant ce qui se passe lorsque le pouvoir politique s’avise, en particulier sous les vingt ans de règne du calife al-Ma’mûn (de 813 à 833), d’imposer la théologie mutazilite rationnelle, voire rationaliste, comme doctrine officielle. » (Souleymane Bachir Diagne, chap. « Et comment ne pas philosopher », dans Comment philosopher en Islam ?, Paris, 2014)

Il est évident qu’affirmer que le mutazilisme serait la seule voie possible en islam serait totalement contradictoire et conduirait à la mort du pluralisme. Ainsi, les décisions politiques du calife al-Ma’mûn conduisirent à un dogmatisme oppresseur qui était celui de la raison et qui donna raison à ses contradicteurs, les juristes traditionnistes comme Ahmad ibn Hanbal (m. 855) (victime de la Mihna), en décrédibilisant la méthode critique et philosophique inspirée par les mutazilites. Tout individu abordant la Révélation avec la raison fut après cela considéré comme mécréant.

Suite à différents remous, des persécutions, des autodafés de livres, et des condamnations sur plusieurs générations, les derniers mutazilites, officiellement, disparurent aux alentours du XIIIe siècle.

Toutefois, leur doctrine et la pensée des auteurs mutazilites continuèrent d’être étudiées jusqu’à nos jours. Ibn Khaldûn (1332-1406) rapporte avoir rencontré un conseiller mutazilite dans la cour d’un souverain musulman d’Asie centrale.

On a également souvent reproché au mutazilisme d’avoir été trop tourné vers les élites et vers une approche trop abstraite de la spiritualité. Cet éloignement des attentes plus populaires a sans aucun doute causé le recul du mutazilisme au profit notamment des oulémas hanbalites du Moyen Âge qui obtinrent un fort soutien du peuple.

Comment faire aujourd’hui pour non seulement adapter ce mouvement à notre modernité mais aussi pour le réinventer en s’inspirant de l’esprit du mutazilisme sans retomber dans les mêmes erreurs ?

Le néo-mutazilisme

Quid d’aujourd’hui ? Reparler du mutazilisme, le renouveler, n’est-ce pas une démarche passéiste ? Nous ne le pensons pas à partir du moment où nous distinguons ce qui relève de l’histoire du mouvement et de la manière dont nous pouvons être inspirés d’une démarche initiée par les anciens penseurs mutazilites.

Laissons le passé au passé. Il faut regarder vers l’avenir, se remettre en mouvement et innover, quitte à être qualifiés de ahl al-bidʿa (partisans de l’innovation blâmable). Nous faisons nécessairement la distinction entre le mutazilisme (tel qu’il a parcouru les siècles) et le néo-mutazilisme (que nous souhaitons faire naître au XXIe siècle). Nous rejetons ainsi toute tentation nostalgique des temps anciens à travers cette initiative et voulons réinventer ce mouvement pour lui donner un nouvel avenir.

Le contexte de naissance du mutazilisme est tellement particulier et propre à un des conditions spécifiques qu’il serait vain de s’atteler à cette tâche. Il s’agit plutôt d’utiliser le mutazilisme comme levier, comme point d’appui de notre héritage, pour reprendre deux éléments essentiels initiés par le mouvement :

  • un esprit privilégiant l’innovation et le mouvement vers l’avenir et non pas une fidélité rigidifiée tournée vers le passé ;
  • l’usage de la raison pour élucider la Révélation, c’est-à-dire l’utilisation de l’esprit critique et d’une prise de recul permanente avec son environnement et avec soi-même.

De ce rationalisme, nous retenons donc essentiellement la nécessité d’user d’un sens critique sur les textes sacrés et sur leurs interprétations postérieures. Il est nécessaire aujourd’hui d’aborder ce corpus spirituel à la lumière des sciences humaines et de la raison. Vous trouverez plus d’informations sur nos intentions et notre lien avec le passé mutazilite ici.

Votre aide est la bienvenue

L’islam est une belle religion, sage et profonde. Pourtant, ceux qui s’expriment, et souvent dans la violence au nom de l’islam, rongent notre religion, la déforment, et la rendent haïssable. Plus encore, ils font de notre religion un système qui appauvrit et abrutit l’esprit. Comment s’épanouir, spirituellement parlant, dans leur islam à eux ? Comment une personne qui hérite légitimement d’une maison, pourrait-elle se contenter de la boîte aux lettres ?

L’islam est une religion rationnelle et sage ; elle appelle donc à la tempérance et à l’harmonie universelle. L’islam est une mine de joyaux, alors que les traditionnalistes ne nous proposent que des bijoux fantaisie. Le néo-mutazilisme est une voie parmi d’autres qui nous permet d’explorer et exploiter cette mine aux joyaux et de s’enrichir, non matériellement, mais spirituellement, humainement, éthiquement et rationnellement. Jamais nous ne considérerons qu’elle est la seule voie possible. Il s’agit simplement de montrer qu’il existe une autre manière de vivre son islam.

Nous nous adressons aux esprits quiétistes et ouverts, ceux qui cherchent et se posent des questions sur l’islam et sur les problèmes actuels. À ceux qui veulent en savoir plus, nous vous souhaitons donc la bienvenue.

L’objectif de ce site est de devenir une plate-forme d’expression pour tous ceux qui souhaitent montrer tous les chemins spirituels possibles en islam. Enfin, nous tenons à préciser que tous les articles écrits sur ce site n’engagent que leurs auteurs. Leur intention est de partager la démarche spirituelle et personnelle de chacun, non de guider les autres dans une attitude condescendante. Tout comme il n’existe pas un seul islam, il n’existe pas un seul type de mutazilisme.

Pour nous faire part de vos idées, de vos contributions écrites ou de vos remarques : vous pouvez le faire sur le groupe Facebook des Nouveaux mu’tazilites ou nous contacter via le formulaire de contact.

FacebookTwitterGoogle+Pinterest