Bombardement à Gaza octobre 2023 (Photo: D. R.)

Le 7 octobre dernier, l’organisation islamiste palestinienne Hamas, a lancé une attaque violente contre des territoires israéliens limitrophes de sa base dans la bande de Gaza. Cette attaque ne s’est malheureusement pas limitée à des objectifs militaires, puisque les combattants du Hamas s’en sont pris à des civils, hommes et femmes désarmés, mais aussi et surtout, enfants et même personnes âgées. Ce qui aurait pu être une opération militaire attendue dans un cadre de lutte contre l’occupation, s’est transformée en crimes de guerre, et en une boucherie immonde. Bilan : 1.400 morts et plus de 230 personnes, de toutes conditions, sexe et âge, kidnappées. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Quelques jours plus tard, comme cela était prévisible, Israël s’est mis a bombardé massivement et sans distinction, la bande de Gaza, non sans avoir commis un premier crime de guerre au préalable : couper l’eau, l’électricité, et le carburant de la bande de Gaza. Dans un territoire de de 365 m3, comprenant plus de deux millions d’individus, soit l’une des régions les plus densément peuplées du monde, les bombardements aveugles des israéliens se transforment en une succession de massacres successifs des populations civiles palestiniennes. A l’heure où j’écris ces lignes, le bilan des personnes tuées (sans compter les blessés), se situerait entre 7.000 et 8.000 morts.

Après ces bilans de l’horreur, nous voici arrivés au constat des abjections. La réaction des pays occidentaux, des pays dits « libres et démocratiques », en soutien total et aveugle aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité d’Israël. En France, cela a même donné lieu à des engagements et des propos immondes de la part de personnalités politiques et médiatiques, par ailleurs plutôt sympathiques. L’engagement des pays d’Occident envers Israël a tellement été aveugle, que face à la multiplication des horreurs de l’État hébreu, certains en Occident, commencent (enfin) à se poser des questions. La deuxième abjection à laquelle nous avons à faire face, c’est la multiplication des actions antisémites en France et ailleurs. Depuis le 7 octobre, on dénombre 857 actes antisémites, soit le double des actes de même nature pour toute l’année 2022 (chiffres Statista.com). Ces actes qui s’attaquent aux juifs sans distinction sont horribles et doivent être condamnés. Leurs auteurs, quels qu’ils soient, poursuivis par la justice. La troisième abjection, c’est la libération de la parole de racistes anti-arabes et islamophobes qui ont voix au chapitre, et que l’on entend dans les médias français. Dans le même registre, les journalistes français ne se rendent pas compte de leurs préjugés, et montrent à quel point ils considèrent tout ce qui relève de l’arabité et de l’islamité comme étrangers, comme alien, et comme, in fine, dispensables.

L’abjection du 7 octobre

Affiches des kidnappés en Israël (Photo: D.R)

Le 7 octobre dernier, les crimes commis par le Hamas ont déclenché beaucoup de choses. D’abord, mon soutien indéfectible, total, sans réserve à la cause palestinienne et aux palestiniens, ne m’empêche pas d’être critique envers les actions entreprises au nom de cette cause. Or l’attaque contre des civils désarmés est inacceptable, horrible et inadmissible. Outre les raisons d’avilissement morales que cela représente, c’est aussi parce que genre de traitements et d’habitude l’apanage des troupes d’occupation israéliennes. Depuis 1948, les Palestiniens ont à subir exclusion, emprisonnement sans procès, exécutions sommaires, traitements dégradants, femmes enceintes bloquées dans les checkpoints jusqu’à ce que mort s’en suive etc. Être victimes de montres, ne doit pas nous transformer en monstres. Mais c’est facile à dire depuis Paris. Que dirais-je si je vivais dans cette « prison à ciel ouvert » qu’est la bande de Gaza depuis 2005 et l’évacuation de Tsahal et des colons nationalistes ? Si j’avais eu à subir ce qu’ils ont subi, j’aime à croire que cela n’aurait rien changé. Comment passer sous silence le fait que le traitement inhumain des Palestiniens de Gaza est voulu par la droite (et l’extrême-droite) israélienne depuis plus de vingt ans. Renforcer les extrémistes du Hamas pour affaiblir le Fatah, seul interlocuteur de paix palestinien, dans le but de prévenir l’instauration d’un État palestinien. Cela a un coût. Le Hamas aurait marqué un grand coup militaire et politique en ne s’attaquant qu’à des troupes militaires et armées, et non à des civils. En s’attaquant aux civils, ils ont avili leurs propres conditions d’êtres humains, mais ont, en même temps, fourni un prétexte à Israël pour se déchainer contre les populations civiles palestiniennes.

L’abjection antisémite

Des étoiles de David baguées sur des murs parisiens (Photo: D.R.)

Cela peut-il justifier les actions antisémites que l’on voit perpétrées en France et ailleurs depuis le 7 octobre dernier ? Jamais et en aucun cas. D’abord et avant tout, parce qu’il est criminel et immonde de s’en prendre à une personne parce qu’elle est…née. On peut s’opposer à un projet politique, philosophique, même religieux, mais par la confrontation d’idées, et le respect de la dignité de chacun. Mais identifier les juifs dans leur ensemble à l’État d’Israël, c’est comme identifier tous les musulmans aux actions de l’Arabie saoudite ou à celles de l’Iran. Cela n’a pas de sens. L’Arabie saoudite ou l’Iran sont à des années lumières de représenter les musulmans dans leur ensemble. Même chose pour Israël. Israël n’est ni le judaïsme, ni les juifs dans leur ensemble. Combien de juifs, en Israël et ailleurs, condamnent et luttent pour le droit des Palestiniens. Combien en ont même parfois payer un prix fort. Les juifs qui sont conscients des réalités et qui ont à cœur le droit des palestiniens doivent être leurs premiers alliés. Ce qui s’est passé dans la Caucase russe au Daghestan est atroce. S’attaquer à des personnes qui débarquent d’un avion en provenance de Tel Aviv sous prétexte qu’ils seraient coupables de complicité, à minima, des crimes commis à Gaza es stupide, faux, et juste un prétexte pour exister. D’autant plus qu’ils ont commis leurs forfaits sous la fausse excuse de la défense de l’islam. Crime horrible, crime doublé par l’association calomnieuse de leurs actes ignobles avec notre religion. Religion qui ne saurait être associée à un quelconque acte de haine. L’islam a trop eu à subir des associations avec toutes sortes de crimes ignobles commis par des « défenseurs de la foi » aussi immondes que Daesh, al Qaida, ou maintenant tous ces criminels antisémites.

L’abjection islamophobe…

Pascal Perri, concepteur de « l’antisémitisme couscous » (Photo: D.R.)

Les événements du 7 octobre plus les actions antisémites commis ces derniers jours ont libéré la parole à bien du monde. Politique, hommes et femmes médiatiques, artistes parfois, beaucoup se sont laissé aller à dire ce qu’ils pensaient. Nous avons eu le droit à des expressions comme « antisémitisme couscous » d’un éditorialiste de LCI, ou encore des propos pus problématiques d’Arno Klarsfeld, avocat franco-israélien, qui, sur le plateau de Cnews (voir ici) laisse entendre qu’en cas de « mot d’ordre », des musulmans qui ont accès à des chantiers, et donc à « des explosifs et des armes à feu » (sic) pourrait s’attaquer aux juifs. Comme si les musulmans constituaient une cinquième colonne prête à agir en France contre des gens parce que juifs. Évidemment, personne n’a réagi sur le plateau, en tout cas pas tout de suite. L’engagement total de la présidente de notre Sénat national dans son soutien à un pays étranger qui commet un crime de guerre selon l’ONU et les ONG comme Human right Watch ou Amnesty international, ne cesse de questionner. Madame Yaël Braun-Pivet dit que « rien ne doit empêcher Israël de se défendre. Il y a, comme dans tous les conflits, un attaquant et des attaqués », sous-entendu ici que c’est Israël qui est attaqué. Comme si, avant le 7 octobre, tout allait bien. Qu’il n’y avait aucune violation des droits de l’Homme dans la bande à Gaza et que les Palestiniens vivaient heureux et comblés… Comment peut-on tenir des propos aussi hors-sol ? Comment peut-on se montrer aussi insensible aux souffrances des populations civiles sous prétextes qu’elles serviraient de « boucliers humains à Hamas ». A considérer que cela soit vrai, cela justifie-t-il de tuer des civils innocents ? Non, jamais. Cela étant dit, on peut s’opposer aux propos de Madame Braun-Pivet, mais là encore, s’attaquer à elle, à sa judaïté réelle ou supposée, la menacer de mort ou autre atteinte à sa dignité est intolérable et inacceptable.

Yaël Braun-Pivet, au centre du groupe derrière le soldat de tête, avec à sa droite Meyer Habib (grand défenseur du Likoud à l’AN) et Éric Ciotti à sa gauche (président des LR) -Photo: D.R-.

Quand on se veut meilleurs, plus justes moralement ou éthiquement, on prêche par l’exemple, non par la véhémence et les propos haineux. Les gens qui luttent pour que la souffrance des Gazaouis soit prise en compte n’ont pas besoin de perdre du crédit à cause d’insultes et de menaces déplacées vis-à-vis de personnes avec qui on diverge. Tout le terrain médiatique a montré à plusieurs reprises à quel point nous avons fort à faire à devoir inscrire la réalité des souffrances gazaouis comme étant simplement des souffrances humaines et non statistiques.

…et impensée

Les médias ont été particulièrement révélateurs de ce traitement différencié entre souffrances humaines des victimes israéliennes du 7 octobre, avec des reportages donnant des noms aux victimes, faisant parler leurs proches, diffusant des images-vidéos amateurs d’anniversaires ou d’événements familiaux et amicaux. En même temps, quand on parle des victimes de Gaza, on parle de manque de moyens de subsistance, il y a des chiffres, nombre d’habitants, nombre de blessés, éventuellement, nombre de morts, toujours en précisant que ce sont « les chiffres du Hamas », comme si, tout cela restait quand même discutable. Mais qu’est-ce que ce « tout cela » ? Ce « tout cela », c’est la réalité des pertes et de la souffrance de la population civile à Gaza. Des familles entières sont décimées sous nos yeux, mais personne en Occident ne dit rien. L’administration américaine pense qu’une trêve bénéficierait au Hamas, elle n’a pas dit qu’elle ne bénéficiera pas à la population civile. Mais pour les Américains, il vaut mieux exterminer le Hamas en exterminant au passage tout ou partie de la population gazaouie que sauver des vies. Cette insensibilité américaine, on l’a aussi vu sur les plateaux de France 5 quand une journaliste franco-américaine s’est presque effondrée en direct sous l’émotion du sort des victimes israéliennes du 7 octobre (chose compréhensible), mais est restée quasiment de marbre devant les informations des pertes de populations civiles à Gaza. Heureusement, il y a aussi des Américains, juifs, qui ont fait entendre leurs voix en s’opposant à la politique israélienne, et qui sont parfaitement conscients de la souffrance des femmes, des hommes, et surtout des enfants de Gaza. On estime que le tiers des tués dans cette prison à ciel ouvert est constitué d’enfants. Le Jewish Voice for Peace de New York City, l’organisation juive pour la paix américaine à rappeler cette vérité aux consciences US (lire ici).

Jewish Voice for Peace à New York le 27 octobre dernier dans une action de protestation contre les bombardements israéliens (Photo: D.R.)

Rony Brauman

Chose que Rony Brauman a dû faire avec David Pujadas, qui après avoir dit que Israël, « certes, tue des civils mais ne les vise pas », contrairement au Hamas qui semblait viser « délibérément » les civils. Rony Brauman, très pédagogiquement rendit la vue à Monsieur Pujadas : « On a vu des quartiers entiers aplatis sous des milliers de tonnes de bombes (…) on ne vise pas une population là ? » avant de poursuivre, « le président Herzog (président d’Israël, ndr) qui était avec sa réputation de sage, en recul, nous explique que, “à Gaza, il n’y a que des complices des terroristes, il n’y a pas d’innocents“, je le cite. Alors là, c’est le feu vert à tous les massacres. Puis il conclut : « le colonel Rafowicz, porte-parole de l’armée israélienne, disait hier qu’ils s’engagent dans une guerre totale. Là aussi, on ne fait pas de quartier. Donc qu’on ne me dise pas que d’un côté on vise délibérément des civils, et que de l’autre on s’excuse de faire quelques dégâts au passage, mais qu’on vise seulement des méchants. Ça n’est pas la guerre de la lumière contre les ténèbres, la guerre du bien contre le mal, contrairement à ce qui est dit si souvent. »

Les émotions sont encore à fleur de peau. La réflexion, c’est-à-dire, la capacité de  remettre en question ses propres pensées et actions, n’est pas encore chose facile. Mais il va bien falloir tempérer les émotions par la raison. Sans pour autant anesthésier notre coeur, qui est, selon les enseignements coraniques, aussi la source de cette même raison. Ainsi, comme le disait l’imam Ali (as), premier transmetteur après le prophète Muhammad (sawas) -qui en est le point de départ- de notre foi: « La générosité d’âme (al-hayâ) est une grande couverture/ et la raison (al-aql), une épée tranchante. Couvre les petits défauts de ton âme avec ta générosité/ et tranche les impulsions [dangereuses] de ton âme avec ta raison. » 

الحياء غطاء ساتر، و العقل حسام قاطع

فأستر خلل خلقك بحياك، و قاتل هواك بعقلك