Je ne parle qu’en mon nom, et au nom de ma vision de ce qu’est l’islam ; mais je tiens à dénoncer les agissements des représentants de la Grande Mosquée de Paris, qui ont réprimé dans la violence une tentative d’ouvrir le dialogue par des femmes musulmanes qui voulaient juste réclamer leur retour dans la grande salle de prière de la mosquée pour accomplir la prière.

Je soutiens l’action des sœurs et appelle à ce que chaque mosquée garde une place dans sa salle principale pour les sœurs qui souhaitent s’y rendre.

Voici le témoignage d’une sœur, Leila Al Aouf :

« Voilà ce qu’il s’est passé aujourd’hui à la Grande Mosquée de Paris lors de la prière de l’Asr. Nous nous sommes données rendez-vous aujourd’hui pour la prière de l’Asr. Nous étions donc 12 ajouté à cela Tarek Alterkaoui qui filmait très discrètement sur un côté (un grand merci). Depuis la dernière action menée à 3 seulement la semaine dernière, la Grande Mosquée de Paris a positionné des hommes de sécurité à l’entrée principale et près de la porte de la salle dite « des hommes ».

Toutes ces précautions pour quelques bouts de femmes. Avant l’adhan de quelques minutes, ils ont carrément refermé une des grandes portes de la salle principale et la sécurité a commencé à filtrer les entrants. Nous sommes rentrés et avons rejoint la cour qui mène à la grande salle. L’appel retentit, on se dirige alors vers la salle de prière. La « sécurité » commence à nous hurler dessus de reculer, on nous fait barrage. On insiste, ça hurle, ça pousse, ça nous repousse. Des dizaine d’hommes commencent à sortir de la salle pour regarder ce qui se passe à l’extérieur. Aucun argument n’a été exprimé pour légitimer leur interdiction, seulement des insultes et des menaces. Le ton monte de plus en plus. L’adrénaline monte avec. Tous les hommes présents sont d’une lâcheté déconcertante. On finit par poser des tapis de prière en face de la porte de la salle, déterminées à prier au même niveau. Un homme retire notre tapis de prière du sol et nous le jette dessus. Un des seuls hommes avec nous venu avec son épouse, essaye de dialoguer avec les autres hommes, les faire raisonner. Il ne sait pas encore qu’on ne peut pas dialoguer avec des animaux. Tout d’un coup, l’une d’entre nous, Ndella Paye, tente le tout pour le tout et fonce dans la masse d’hommes qui se trouve devant la porte pour entrer à l’intérieur. Elle sera tirée par le bras, jetée, attrapée, mais y arrivera quand même. Juste après, les hommes ferment à clés toutes les portes de la salle. On ne lâche rien, il nous menacent nous traitent, nous tirent pas les bras. Un journaliste belge à nos côté enregistre tout avec un micro, alors discrètement mais violemment, l’imam le tire brutalement par le bras et l’emmène avec lui dans une salle pour le convaincre de ne pas publier l’enregistrement, la porte est fermée à clé. Le journaliste en ressortira blême et choqué.

Un homme inattendu se trouvant à l’intérieur de la salle nous fait discrètement signe de nous préparer, il va ouvrir la porte. Enfin un soutien masculin. Il pousse les hommes présents et nous ouvre le chemin, mais tous se jettent rapidement devant nous, mais on s’en fiche, on fonce, on fonce, et entre. A l’entrée, on se fait insulter, un homme nous lance en arabe  لعنة الله عليكم وحدة وحد qui signifie « que Dieu vous maudisse une par une (en Islam, cette insulte prend un sens beaucoup plus lourd et insultant, c’est l’insulte la plus infamante). On prie en retard en groupe. On respire un peu après en s’asseyant. Mais ce n’est pas fini. Une fois sorties de la salle, les insultes et menaces repartent de plus belle. Une centaine de personnes regardent la scène, on est un spectacle. Des responsables appellent la police qui arrive et qui se rend très vite compte de la situation, nous sommes les agressées, et pas eux. Ils nous proposent de poser une main courante, chose que l’on refuse. Interactions à voix haute, la police calme le jeu. Les responsables de la mosquée tiennent un discours complètement mensonger et schizophrène, l’un d’entre eux prétend même n’avoir aucun problème à ce que l’on prie dans la grande salle (si, si je vous jure). La police repart.

Ça fait facilement 1h30 qu’on est là. Quelques personnes viennent et nous posent des questions, on explique rapidement, mais franchement fatigué. On finit par sortir de la mosquée, certains sont encore à l’intérieur. Après 10 min à l’extérieur, on entend des cris venant de la cour principale. Affolées une amie et moi y entrons à nouveau, et je découvre tétanisée le frère qui était avec nous se faire tabasser, un homme dirige vers son ventre un bâton de bois, je crie d’appeler la police, je sens un réel danger, un vrai. L’épouse du frère en question sera elle aussi frappée et tirée par derrière (elle saignera de la main d’ailleurs). L’homme continue à se faire tabasser par une dizaine de personnes. AUCUN homme n’est venu nous aider, AUCUN fidèle a fait preuve de courage. Je me suis rendue compte à quel point les hommes étaient lâches et peureux, et à quel point nous étions courageuses. On ressort, et derrière nous le frère est traîné et jeté comme une serpillière dehors, à coup de pieds.

La police arrive de nouveau, on continue à se faire insulter. Ils ferment les deux grandes porte de la mosquée, plus personne ne peut entrer. A ce moment, trois personnes décident de porter définitivement plainte, le couple qui s’est fait tabasser et Ndella qui s’est faite aussi brutaliser. La haine et le dédain des hommes dégoulinent de leurs regards. Un jeune nous traite de ساقطات  qui signifie « des ratées, de faibles mœurs ». On entend « salopes » aussi. Un des responsables crie comme un hystérique « s’il le faut, on sera 10 000 pour vous barrer la route, on vous laissera pas ». On est accusé à plusieurs reprises d’être des infiltrées envoyées par Israël pour semer la discorde (fitna).

On y aura passé au moins 2h30. Les dirigeants de la Grande Mosquée de Paris forment une mafia, on en a eu la preuve irréfutable aujourd’hui. Une mafia de voyous.

Une phrase apparaît dans mon esprit, les subalternes peuvent-elles parler ? — avec Maya Husain Al Khatib et 4 autres personnes »

Pour en savoir plus : Saphirnews, Rue89, Fait-religieux.com

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